Test 007 First Light

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PS5

Libéré du diktat du simple portage d’un film et émancipé du spectre de Daniel Craig qui planait au-dessus de l’incarnation de James Bond depuis 20 ans, le célèbre agent double zéro sept fait son grand retour par le biais d’une préquelle originale en jeu vidéo développée par les créateurs d’Hitman. Assurément la meilleure œuvre autour de 007 depuis GoldenEye.

Agent quarante (zéro zéro) sept

Le Danemark n’est pas que le Groenland tant convoité ni les célèbres briques LEGO. C’est aussi la patrie du studio IO Interactive, un monument dans le milieu du jeu vidéo à qui nous devons les différentes aventures de l’Agent 47 depuis un quart de siècle et qui signe avec ce James Bond le projet le plus ambitieux de son histoire.

007 First Light raconte comment un officier de la Royal Navy qui progressait avec son escouade lors d’une opération en Islande a vu son hélicoptère se faire abattre par l’ennemi. A son réveil, seul survivant du crash, il sera réquisitionné par le MI6 pour mener à bien une mission suicide. Ce tutoriel improvisé mené avec brio, le générique chanté par Lana Del Rey et composé par David Arnold - le compositeur attitré des films depuis Demain Ne Meurt Jamais (1997) - nous confirme que c’est bien un jeu vidéo estampillé 007 que nous avons lancé sur notre PS5 Pro. Et même s’il s’agit d’une préquelle narrant le recrutement et la formation d’un jeune Bond de 26 ans au sein des services secrets britanniques et l’obtention de son matricule double zéro, tout le cahier des charges d’un film de la franchise est respecté à la lettre. Attendez-vous à de l’infiltration, à des filatures, à de la bagarre, à des courses poursuites à pied et en voiture, à des fusillades, à des explosions, à de la séduction, à du flegme britannique, à des moments d’action improbables à la Uncharted, à des twists, à des punchlines et à des gadgets en veux-tu en voilà. Une aventure tout terrain « terre-air-mer-neige » qui nous fera voir du pays (bonjour l’empreinte carbone) et prendra le temps de développer son intrigue sur plus d’une vingtaine d’heures, là où un long métrage est expédié en à peine deux. Résultat, on approfondit les relations avec les PNJ, on s’attache vraiment à certains d’entre eux, on s’émeut de leur sort et on voit pousser un espion de renom à partir d’une jeune pousse de travers.

Cet épisode zéro voit son scénario comme une rampe de lancement. Un démarrage lent (mais pas poussif) centré sur l’apprentissage académique dans un camp d’entraînement (maniement des armes, de la conduite et des techniques de combat) avant d’être propulsé dans les premières missions de terrain puis de foncer à toute allure pour rattraper le grand méchant de l’histoire avant qu’il mène son plan machiavélique à exécution. A la différence des films qui misaient presque autant sur un super-vilain charismatique que sur son héros (le Scaramanga de Christopher Lee, le Donald Pleasence d’On ne vit que deux fois, le Mad Mikkelsen de Casino Royale), cette première lumière mise surtout sur l’éclosion de Patrick Gibson dans le rôle-titre et sur les seconds rôles qui gravitent autour de lui : Priyanga Burford dans le rôle de M, Lennie James dans celui de John Greenway, le mentor de Bond, Alastair McKenzie pour jouer Q et Kiera Lester pour Miss Moneypenny. Un bon point pour la crédibilité du jeu d’acteur, au vu des très nombreuses cut-scenes doublées en anglais et sous titrées en français. Dommage, pas de doublages français alors que c’est devenu la norme dans les AAA (même dans les Resident Evil et Final Fantasy) ce qui peut être parfois handicapant quand un personnage nous parle en pleine action. On ne peut pas regarder les sous-titres en même temps que la route par exemple. Au moins, on a le droit au fort accès so british pour mettre dans l’ambiance « au service de sa majesté ».

Blague de Q

Ce jeu d’action/infiltration à la troisième personne ratisse large pour transmettre toute la panoplie de mouvements d’un agent secret par l’intermédiaire de très nombreuses actions contextuelles. A pied, James peut sprinter, s’accroupir, grimper à ce qui supporte son poids, enjamber un obstacle, se mettre à couvert et passer rapidement d’une planque à l’autre. Un halo autour du personnage montre d’ailleurs quand il est invisible dans les hautes herbes. En mode infiltration il peut discuter avec des PNJ pour glaner des infos, écouter des conversations pour découvrir des secrets pas bien gardés, subtiliser des clés à des gardes, faire diversion par tout un tas de moyens et lorsqu’il se fait griller il s’en sort par le bluff, la coopération ou la confrontation. En action il peut frapper un ennemi, ruer sur lui, l’agripper et l’éjecter dans le décor, faire un pas de côté pour l’esquiver, l’éliminer discrètement, tirer dans sa jambe ou dans son arme pour la faire tomber, utiliser sa concentration pour ralentir le temps pour mieux viser et défoncer des portes d’un grand coup de savate. A cet éventail non exhaustif s’ajoute la conduite arcade de bolides hors de prix (simplement accélérer, freiner, déraper avec le frein à main) et l’utilisation des fameux gadgets de Q. Transportables par quatre au maximum et assignés à chaque touche symbole Triangle, Rond, Croix, Carré, les gadgets prennent la forme d’une montre qui allume à distance des appareils électroniques, d’un téléphone lanceur de fléchettes empoisonnées, d’un briquet fumigène ou encore d’un appareil photo à ondes de choc. Autant de trouvailles (et d’autres) qui vous seront d’une grande utilité pour faire diversion durant les phases de discrétion.


L’ADN de la saga Hitman coule dans les veines de ce 007 First Light avec de vastes niveaux semi-ouverts qui laissent toujours plusieurs manières d’atteindre un objectif. Selon qu’on privilégie la recherche de clés et de codes pour suivre un itinéraire axé sur la discrétion, qu’on contourne les gardes en grimpant sur les parois d’un bâtiment plutôt que d’y entrer ou qu’on veuille utiliser ses gadgets plutôt que de donner des bourres-pifs. En revanche, James n’est pas l’Agent 47 alors on ne peut pas cacher des corps inertes ni emprunter des costumes à la volée, ce qui aurait été fort pratique il faut bien l’avouer, mais pas tellement dans l’esprit Ian Fleming. De même, impossible de « façonner » son propre agent secret (à la Deus Ex) en lui distribuant des points de compétences dans des catégories qu’on souhaiterait privilégier pour personnaliser son expérience. On aurait pu imaginer un jeu dans lequel on distribuerait des points pour renforcer ses talents d’orateur pour convaincre davantage, ou dans le déverrouillage de nouveaux gadgets pour tout miser sur la technologie et le piratage, ou bien mettre le paquet sur des armes avec silencieux pour laisser parler la poudre plus souvent. Il n’en est rien, la volonté du studio étant de proposer une expérience équilibrée conduite par la narration. Peut-être aurons-nous plus de liberté dans une éventuelle suite. En attendant, on compensera avec des objectifs alternatifs, des défis facultatifs et des collectibles à récupérer pour donner plus d’épaisseur aux missions. D’ailleurs, en parlant de missions, signalons la présence du mode Simulation Tactique permettant de rejouer les niveaux du mode histoire en modifiant certains paramètres comme le nombre d’ennemis ou de gadgets. De quoi redécouvrir le terrain avec une approche différente tout en boostant la durée de vie au-delà de la vingtaine d’heures.

Le grand Bond avec une chaussure noire

Propulsé par le moteur graphique Glacier (propriétaire du studio) déjà sollicité sur Hitman, le jeu affiche des graphismes très détaillés, réalistes et franchement tape-à-l’œil. Nativement poussé par la dernière version du PSSR en 4K de 60 images par seconde sur PS5 Pro, l’upscaling de la console ne propose pas de choisir entre un mode Qualité et un mode Performance (contrairement à la version PS5 de base), mais de profiter directement des meilleurs réglages. Les graphismes gagnent en finesse, surtout au niveau des chevelures, des tissus et des reflets. Sans être le plus beau jeu de la console, l’optimisation est impressionnante, le dépaysement garanti et l’immersion totale durant la narration. Ce grand spectacle n’est pas exempt de défauts non plus, à commencer par une intelligence artificielle un peu permissive en mode normal, qui est frappée d’amnésie peu de temps après un chambardement ou de surdité quand on élimine un garde pas très loin d’un autre. Avec le niveau de difficulté supérieur la tolérance est plus faible sans réellement se rapprocher du zéro non plus. Ce pop-corn gaming vise le grand public, raison pour laquelle on s’étonne tant de l’absence de doublages français, de celle d’une simple carte pour s’y retrouver dans les intérieurs (avouez que ce n’est pas le gadget le plus complexe à inventer) et de commandes pas toujours intuitives malgré des rappels réguliers. De même, certains diront que le gameplay se repose trop sur les acquis d’Hitman en matière d’infiltration, mais qu’il n’excelle jamais en dehors de sa zone de confort, que ce soit pour la conduite arcade chiche en sensations, les bagarres de bistrot ou les fusillades classiques et donc forcément un peu fades. Qu’importe ces gouttes d’eau dans un océan de qualités : IO Interactive a su s’approprier toute l’âme de James Bond et l’a distillée dans une production de haute qualité qui fera date.

Notre verdict

On aime

  • L’infiltration aux petits oignons
  • La mise en scène comme au cinéma
  • La réalisation au top (sur PS5 Pro)
  • La durée de vie généreuse
  • L’histoire originale et bien ficelée
  • Les destinations dépaysantes
  • Plusieurs façons de mener sa mission
  • Les gadgets bien pratiques
  • Souvent spectaculaire
  • Toute l’âme de 007 dans un jeu vidéo

On n'aime pas

  • Pas de doublages français
  • L’absence de charisme des vilains
  • Pas de carte in-game
  • Moins à l’aise sur l’action pure
  • L’IA canne blanche et sonotone
  • On ne peut pas planquer les corps
  • Ni changer de tenue à la volée

Recette pour un blockbuster vidéoludique efficace : prenez une licence forte en perte de vitesse (007), injectez-lui tout le savoir-faire d’un studio danois (IO Interactive) en matière d’infiltration et d’élimination de contrats (Hitman), rajoutez une pincée de charisme (Patrick Gibson), une cuillerée de seconds rôles attachants, saupoudrez d’une réalisation impressionnante (moteur Glacier) et laissez cuire pendant une bonne vingtaine d’heures après un générique de Lana Del Rey. Vous obtenez 007 First Light, le hit de l’été à savourer dès maintenant à l’ombre d’une PS5 Pro.

Note finale : 8.5 / 10
Les commentaires
Le
8,5 ? Vous êtes durs
Le
J’ai hésité.
Le
Je l'ai quasiment fini et j'aurais même mis moins je pense.
Ace

Ace

Le
Leolio a écrit : dim. 31 mai 2026 22:11 Je l'ai quasiment fini et j'aurais même mis moins je pense.
Combien ?

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