Test Marvel's Wolverine

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PS5

Annoncé en septembre 2021 lors d’un showcase PlayStation, le jeu vidéo mettant en vedette le mutant aux griffes en adamantium aura mis cinq longues années pour nous parvenir. L’attente touche à sa fin avec son lancement le 15 septembre prochain en exclusivité sur PS5.

Difficile d’évoquer le cas du jeu Marvel’s Wolverine sans parler des difficultés de développement qui entourent ce projet. Officialisé à la hâte en 2021 par l’intermédiaire d’une cinématique en images de synthèse alors qu’il n’en était qu’à ses prémices, sa genèse est ralentie par le développement simultané (et prioritaire) de Marvel’s Spider-Man 2 au sein du studio Insomniac Games. Deux années plus tard, une fois l’homme araignée lancé, le studio recentre ses efforts sur Wolverine quand la boite est victime d’une fuite massive de données. Les tentatives d’extorsion de fonds ayant échouées, de nombreuses séquences de gameplay se retrouvent sur le net en représailles, et même une build jouable sur PC. Quelques mois plus tard, le réalisateur Cameron Christian et le directeur créatif Brian Horton quittent leurs postes en raison de différends créatifs avec Sony, l’éditeur du jeu et propriétaire du studio. Ils sont remplacés respectivement par Mike Daly et Marcus Smith, qui ont fait des étincelles sur Ratchet and Clank : Rift Apart en 2021, et y insufflent d’autres idées. Cette gestation pour le moins houleuse a entaché la réputation du titre avant même sa sortie, si bien que cette production maudite n’a pas autant soulevé les foules qu’escompté lors de sa révélation il y a un an durant le State of Play de septembre. Presque une année jour pour jour après cette bande-annonce, nous avons eu le temps de plier le jeu dans tous les sens pour déterminer s’il mérite qu’on s’y attarde alors que cette rentrée est particulièrement chargée sur PlayStation.

Transformer l’Essex

Autrefois connu pour sa trilogie Spyro The Dragon sur PlayStation, puis pour sa saga Ratchet & Clank sur PS2 et enfin ses jeux Resistance sur PS3, le studio américain Insomniac Games est désormais surtout associé au renouveau de la licence Spider-Man en jeu vidéo. La comparaison entre les super-héros de Marvel paraît donc inévitable et de fait il convient de mettre les pieds dans le plat dès le départ. Là où Peter Parker / Miles Morales nous offrent une reproduction ultra-fidèle de New York comme un immense terrain de jeu en monde ouvert et en verticalité, Logan nous propose une aventure linéaire poussée par sa narration. Les niveaux sont des couloirs plus ou moins larges avec par moment des zones un peu plus ouvertes cloisonnées par des obstacles, des murs invisibles ou un personnage qui fait brusquement demi-tour pour recoller à sa mission. En contrepartie de cette absence de liberté, le scénario nous fera voir du pays et offrira des panoramas plus variés que du béton, des vitres et des parcs (le Canada sous la neige, le Japon sous la pluie, Mandripoor sous le soleil). Les deux personnages ne jouent donc pas dans la même cour, l’un est l’araignée sympa du quartier toujours prête à aider et l’autre est un solitaire taciturne. On comprend aisément pourquoi ils n’ont pas le même traitement in-game.

Ceux qui connaissent Wolverine par l’intermédiaire du dessin animé X-Men de 1997 ou à travers les films de Bryan Singer savent qu’il est indissociable de Charles Xavier et de ses élèves. Pas dans ce jeu vidéo où c’est Nathaniel Essex (brillamment incarné à l’écran par l’excellent Troy Baker) qui tend la main à ce sauvage et l’intègre par la suite à sa Team-X composée de Dents de Sabre, Mystique et du scientifique humain Walter Langowski (Shiro Yoshida ayant quitté l’équipe peu de temps avant). Dans la biographie du personnage, cette période de sa vie est une sorte de préquelle à ses aventures X-Men, un peu à la manière du début du film de 2009 où il fait partie d’une Unité X. Sa première mission sera d’aller libérer Essex retenu captif par Bolivar Trask, le scientifique militaire bien connu pour être responsable de la création des robots Sentinelles traqueurs de mutants. L’occasion de trancher nos premiers soldats avec une violence inouïe qu’un passage dans les options permet d’atténuer. On peut décocher les démembrements, les blessures gores et les projections de sang obligeant le jeu à censurer les cut-scenes non interactives avec des gros pixels. Il faut dire qu’on n’en attendait pas moins de la part de Logan, son agressivité animale et ses lames indestructibles faisant visiblement bon ménage. Résultat : les bras et les têtes ennemis tombent par terre, le sang macule son visage et des morceaux des chairs manquants laissent apparaître son squelette métallique comme le T-800 de Schwarzenegger, avec les fringues qui se déchirent sous les impacts. L’effet est saisissant et témoigne de la violence des coups.

Marvel’s Wolverine est avant tout (et surtout) un gros jeu d’action à la troisième personne, grand spectacle et bien bourrin : un matraquage du bouton Carré balance des combos tranchants, le bouton Triangle sert à bondir sur sa proie et Rond à esquiver les attaques imparables, entendre par là que les autres peuvent être parées avec le bouton L1 pour limiter les dégâts, étourdir l’adversaire et effectuer des contre-attaques dévastatrices. R2 sert à courir en direction de sa future victime, Croix à sauter par-dessus des obstacles et L2 combiné à un des symboles PlayStation (Triangle, Rond, Croix, Carré) déclenche une attaque spéciale. Au nombre de six - à débloquer puis à sélectionner dans le menu dédié - ces attaques ne peuvent être lancées qu’après avoir rempli leurs cadrans respectifs en enchaînant des attaques simples. Sous la barre de vie, jusqu’à trois jauges de rage peuvent se remplir : la première sert à bénéficier d’un soin d’urgence après être tombé au combat (un baroud d’honneur avec guérison instantanée), la seconde à donner des coups critiques en pressant L2 et R2 tandis que la troisième déclenche une folie meurtrière avec exécutions immédiates.


Le gameplay n’évite pas l’incontournable système de points d’expérience récoltés en tuant des ennemis, en brisant des réceptacles spéciaux et en analysant certains éléments du décor. Ces XP servent à prendre des niveaux et chaque prise de niveau octroie un point de compétence devant être dépensé dans l’acquisition de nouvelles techniques de combat (une vingtaine au total). Cette courbe de progression reconnue est complétée par des points d’adaptation prenant la forme de brins d’ADN. Pour les débloquer vous devrez trouver, à l’aide de votre flair légendaire, des bouteilles de whisky planqués dans les décors (à consommer avec modération) et accomplir des challenges facultatifs dans la « cabane du cauchemar ». Dans la plupart des niveaux du jeu, suivre une racine violette cachée vous conduira à la porte dérobée vers votre hutte forestière, sorte de palais de mémoire dans laquelle des défis vous attendent. Que ce soit éliminer un type d’ennemis précis, survivre à des vagues de soldats ou réussir une course d’obstacles en un temps record, cette quinzaine d’activités annexes débloque des souvenirs de Logan et des bonus passifs comme réduire les dégâts reçus ou trouver plus facilement les items cachés du jeu. Ces petits à-côtés sont complétés par la collecte de matériaux servant à déverrouiller 32 costumes pour notre héros (et 25 lames associées), dont celui du dessin animé de 97, du récent jeu de baston Marvel Tokon Fighting Souls et de Hugh Jackman dans Deadpool et Wolverine. Accumuler des tenues agrandit notre barre de vie en plus de nous rendre totalement charismatique dans le feu de l’action.

La Main à couper

Ciblé pour le public le plus large possible (d’où cette possibilité de supprimer la violence), le jeu dispose de cinq modes de difficulté progressifs. Le plus facile supprime la notion de K-O au combat pour être aussi immortel que le personnage, le second est adapté pour se concentrer sur l’histoire, le troisième est équilibré, le quatrième possède des ennemis plus forts et plus agressifs et le cinquième relève du masochisme. Celui par défaut (3 sur 5) offre déjà du répondant quand il s’agit d’affronter plusieurs ennemis supérieurs en même temps. Parer les attaques de base, esquiver celles imparables et profiter d’un étourdissement pour fondre sur l’ennemi est indispensable pour espérer survivre aux très nombreuses empoignades. Par moments l’environnement privilégie la furtivité en offrant la possibilité de se cacher dans les hautes herbes tel un vélociraptor ou de grimper aux arbres comme un Predator pour contourner des patrouilles ou les suriner dans le dos. Face aux redoutables boss la difficulté grimpe encore d’un cran et on tombe facilement sous leurs coups si on ne prend pas le temps d’observer leurs patterns pour trouver une fenêtre de tir. Il y aurait de quoi s’énerver si leurs affrontements n’étaient pas fragmentés en plusieurs segments formant des checkpoints déguisés.

Agréable manette en mains, la recette de Marvel’s Wolverine est toutefois convenue pour un joueur ayant l’expérience des blockbusters solo PlayStation. Prenez d’innombrables échauffourées, ajoutez-y une pincée d’infiltration, saupoudrez de quelques QTE pour impressionner, d’un zeste de courses-poursuites en mode parkour, délayez avec des combats de boss retors et n’oubliez pas les séquences de conduite en moto plutôt ratées. Vous obtenez un cocktail d’action efficace, servi par une narration captivante bardée de magnifiques cut-scenes réalisées avec le moteur du jeu. L’histoire est sans doute la partie la plus surprenante ou, en tout cas, celle qui se renouvelle le plus durant la vingtaine d’heures demandées pour arriver au générique de fin (un mode Nouvelle Partie + est présent). Mêlant action, émotions, introspection et révélations, la trame n’a rien à envier à un long métrage Marvel. La réalisation graphique est davantage mise en valeur durant les moments non interactifs, la dynamique Wolverine / Jean Grey (sa ressemblance avec Jesse Faden de Control est troublante) fonctionne à merveille et les doublages français de qualité immergent sans en perdre une miette. Il manque peut-être quelques mutants emblématiques pour transformer ce hors d’œuvre en plat de résistance, syndrome de la préquelle oblige. Un petit passage dans la galerie des personnages suffit à se rendre compte qu’on côtoie surtout des seconds couteaux et pas beaucoup de têtes d’affiche. Peut-être dans une suite plus ambitieuse si le succès est au rendez-vous ?


Au niveau du contrôle technique, le jeu testé sur PlayStation 5 Pro propose de choisir entre un mode Performance pro garantissant une animation parfaitement fluide en 60 images par seconde ou un mode fidélité plus détaillé limité à 30 images par seconde, largement compensé par la présence d’un mode 120 Hz et une prise en charge du VRR pour les écrans compatibles. Poussé à fond, le AAA affiche des détails généreux avec des chevelures réalistes, de la pilosité touffue, une végétation dense et des myriades de reflets avec le Ray Tracing. Les modélisations des protagonistes sont extrêmement soignées (jusqu’à la respiration de Logan), bien que les ennemis soient répétitifs entre les sbires de Trask et ceux de la secte La Main. La présence d’un mode photo permet d’admirer Logan sous toutes les coutures, avec ou sans son masque pour profiter de ses rouflaquettes. Enfin, nous avons bon espoir que les quelques bugs rencontrés durant la partie (PNJ qui disparaissent, objets en lévitation après une explosion…) seront corrigés avec le patch day-one.

Notre verdict

On aime

  • De l’action énervée
  • La réalisation stylée
  • L’histoire intéressante
  • Une bonne durée de vie
  • Plein de costumes
  • Le gore facultatif
  • 5 modes de difficulté
  • Quelques à-côtés

On n'aime pas

  • Pas très subtil, forcément
  • Les ennemis peu variés
  • Les rares passages à moto
  • On veut les X-Men maintenant

Sans apporter autre chose au genre que son charisme et sa brutalité, Wolverine s’impose tranquillement comme un des titres remarquables de cette rentrée sur PlayStation 5. Beau, long, prenant et défoulant, le jeu d’action d’Insomniac Games dissipe finalement les doutes que nous pouvions avoir sur lui après son développement chaotique. Cette réussite, très académique, manque peut-être un poil de singularité pour faire aussi bien que les Spider-Man desquels il se démarque par ses environnements plus variés, mais resserrés sur des niveaux-couloirs, parfois semi-ouverts. Le personnage, tourmenté mais attachant, ses relations complexes entre son love interest et son mentor tirent la narration vers le haut. Un très bon titre, dont on espère déjà une suite, dans moins de cinq ans cette fois.

Note finale : 8 / 10
Les commentaires
Le
À petit prix je fais !

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