Test Legacy of Kain : Defiance Remastered
Lors de la sortie de Legacy of Kain : Soul Reaver 1 & 2 Remastered, les fans de la première heure sont restés sur leur faim car la dernière apparition de Raziel manquait à la compilation, celle de ses retrouvailles avec le vampire Kain dans la conclusion de la saga, l’épisode Defiance. Cette anomalie est désormais corrigée avec la sortie du remaster du dernier chapitre de la série le 3 mars dernier sur PlayStation 4 et PlayStation 5.
Si l’idée de célébrer le 25ème anniversaire de la sortie de Soul Reaver (1999) avec une remasterisation (parue en 2024) était excellente, encore fallait-il que la saga entière profite d’un travail de mise à jour pour combler les fans. Les deux premiers volets réunis dans une belle boite, tous les regards se tournèrent alors vers l’ultime apparition de Raziel en jeu vidéo, dans l’épisode Defiance. La première offrande fut son apparition dans les catégories des Classics de la PlayStation 2 le 16 septembre 2025. Proposé à la vente à 14,99€ et directement inclus dans l’abonnement PlayStation Plus Premium, ce portage sec profite de sauvegardes à tout moment et d’un précieux mode rewind pour revenir quelques instants en arrière. C’était une première occasion de boucler la boucle dans son écrin 4/3 d’origine. Le second round fut l’annonce le 13 février dernier d’un véritable remaster lancé quelques semaines plus tard, le 3 mars, pour 24,99€. Pour 10 euros de plus que la version PS2 et presque aussi cher que les deux volets de Soul Reaver combinés, est-ce que l’expérience vaut le coût ?
Pour le meilleur et le vampire
Réalisé par Amy Hennig qui officiera sur la série Uncharted par la suite, l’épisode Defiance était, lors de sa sortie initiale en 2003, un cross-over de folie réunissant l’ange déchu Raziel et son Némésis Kain dans un seul et même jeu. Les deux anti-héros sont jouables en alternance, l’un après l’autre, au gré du scénario faisant suite aux événements de Soul Reaver 2. Si Raziel est le personnage central de l’histoire, c’est dans la peau de Kain que démarre la partie. Après un Blood Omen 2 en demi-teinte, le vampire a le droit à une seconde chance pour exprimer toute sa cruauté sur les pauvres Séraphéens qui protègent Moebius. Le suceur de sang est à l’aise dans l’exercice, maniant la Soul Reaver avec vigueur. On retrouve les talents propres à son espèce : fondre en brume pour passer entre les grilles, se transformer en chauve-souris pour parcourir de longues distances, faire des sauts prodigieux, utiliser la télékinésie pour projeter des gardes dans le vide ou contre des pics, ou encore déplacer des blocs volumineux pour résoudre des petits puzzles. Raziel, le vampire d’âme, dispose plus ou moins des mêmes fonctions, placées sur les mêmes boutons, avec la particularité de pouvoir basculer du monde réel au monde spectral à la volée. Pour revenir dans le monde matériel, il devra néanmoins disposer d’une enveloppe charnelle, ce qui l’oblige à prendre possession de cadavres à des endroits précis des niveaux. Contrairement aux épisodes précédents, les deux personnages ne peuvent désormais manier qu’une seule arme, la légendaire Soul Reaver, physique pour Kain et spectrale pour Raziel. L’épée peut être chargée d’énergie à déverser sur les ennemis en combat et imprégnée de pouvoirs élémentaires pour progresser dans les niveaux (feu, foudre...). Faits notables, Kain doit régulièrement boire du sang pour ne pas dépérir (dans des jarres ou directement à la source, sur une jugulaire) et les barres de vie et de télékinésie peuvent croître en récupérant des artefacts planqués dans le décor.
Malgré pratiquement 23 ans au compteur, le jeu se parcourt encore avec un certain plaisir, en particulier pour découvrir la conclusion de cette histoire séculaire et pour manier les buveurs lors d’un baroud d’honneur épique. Le lore de Nosgoth est l’un des plus riches du jeu vidéo de cette époque, l’ambiance Dark Fantasy est très agréable et le charisme de Raziel n’est plus à démontrer. La narration profite des excellents doublages français, avec la voix de Baloo pour Kain (Benoît Allemane) et celle de Kevin Costner pour Raziel (Bernard Lanneau). Du miel pour nos oreilles. En termes de gameplay et de level-design en revanche, le poids des âges pèse tout de même un peu sur l’ossature, mais le titre se savoure avec la nostalgie propre aux jeux vidéo du début des années 2000, l’ère PS2 où les limites techniques imposaient pas mal de couloirs, dans des niveaux étriqués alternant exploration, plateforme et combats répétitifs. La jeune génération devrait rester totalement hermétique aux charmes de Legacy of Kain, mais les boomers dans mon genre se laisseront encore charmer.
Vampire, en pire
Les dix euros qui séparent la version PS2 de ce remaster PS4/PS5 sont justifiés par un travail remarquable sur la qualité des textures 4K et les modèles 3D des personnages. Kain est beaucoup plus stylé ainsi que le mort-vivant verdâtre qu’il est sur la 128 bits de Sony, et ressemble enfin au character design de la jaquette. Les décors sont plus fins, en particulier dans les environnements réalistes de Kain. Avec Raziel, la différence saute un peu moins aux yeux dans le monde spectral aux teintes particulières. Les effets de lumière sont plus naturels et la caméra est libre alors qu’elle était fixe auparavant. En pressant le bouton R3 on bascule instantanément de la version 2003 à celle de 2026, bien que l’écran reste en 16/9 dans les deux cas alors qu’il était en 4/3 à l’époque. Les effets de lumière modernes peuvent être appliqués à la représentation rétro et inversement, la caméra fixe peut être utilisée pour ce remaster.
Au-delà de la forme, Defiance gagne en confort de jeu avec la présence d’une carte dans l’inventaire pour se retrouver dans les dédales et un don de prescience avec L2 qui nous guide vers notre prochain objectif. Un mode photo est présent pour jouer au paparazzi et des costumes supplémentaires rajoutent une touche de carnaval aux parties. C’est d’ailleurs avec un désagréable étonnement qu’on découvre deux lots de deux costumes à 2,99€ chacun sur le PlayStation Store, alors qu’on s’attendait logiquement à ce que la remasterisation – destinée aux fans – contienne directement tout le contenu existant autour du jeu. Pire, ces costumes ne sont pas compris dans la version Deluxe vendue à 29,99€. Cette même version Deluxe qui est la seule à proposer des bandes dessinées numériques autour de Legacy of Kain et surtout la démo jouable du jeu The Dark Prophecy, un concept de suite à Defiance qui n’a jamais vu le jour. Ce bonus, probablement celui qui intéresse le plus les fans en quête de contenus inédits pour leur jeu fétiche, oblige à payer 5€ supplémentaires pour en profiter. Le comble de cette politique tarifaire abusive est probablement le passage de l’édition standard à 24,99€ à l’édition Deluxe affichée à 29,99€ moyennant la somme de 7,99€. Se repentir coûte plus cher que de passer directement au plein tarif de 29,99€ pour un seul jeu, avec que la compilation Soul Reaver contient les deux volets pour le même prix. Un siphonnage en bonne et due forme des poches des fans pour un remaster qui n’a même pas la classe de sortir en boite pour compléter la collection. Difficile de ne pas hurler aux vampires…
Cette déconvenue financière mise à part, le menu bonus recèle quelques belles trouvailles dont les niveaux perdus (des passages du jeu non retenus dans la version finale), une visionneuse des artworks débloqués in-game en trouvant des livres cachés, des pages explicatives des chroniques de Nosgoth, une salle d’entraînement, un répertoire des cinématiques et cut-scenes du jeu, et un jukebox pour écouter les musiques de tous les épisodes de la saga. Seule déception ici, l’encyclopédie du lore n’est pas traduite en français et reste en anglais dans le texte. Enfin, pour être exhaustif dans la comparaison, signalons la disparition du mode rewind de l’émulation PS2 qui aurait pu s’avérer utile à certains moments de cette aventure longue d’une dizaine d’heures.
Notre verdict
On aime
- Deux anti-héros charismatiques
- La conclusion épique de la saga
- Le lissage graphique
- La caméra libre
- La carte et la préscience
- Des bonus à gogo
- La nostalgie fonctionne encore
On n'aime pas
- Les costumes en DLC
- La démo de Dark Prophecy dans l’édition Deluxe
- Un Defiance au prix de deux Soul Reaver
- L’encyclopédie non traduite
- Pas de version boite pour la collection
- Le petit coup de vieux du gameplay
- Le level design à l’ancienne
Après la compilation Soul Reaver de 2024, il est enfin possible d’achever le destin de Raziel dans les meilleures conditions avec ce remaster de Legacy of Kain : Defiance. Les améliorations graphiques (format 16/9, textures 4K, modèles 3D), techniques (fluidité sans faille, caméra libre) et de confort (carte, préscience) rendent l’expérience encore très digeste presque 23 ans après sa sortie initiale sur PS2 malgré l’inévitable coup de vieux de son gameplay et de son level design. Le contenu bonus est plutôt riche pour les fans (artworks, musiques, chroniques, niveaux perdus) mais on regrette que la politique tarifaire autour des costumes et contenus additionnels (DLC, démo du prototype et BD réservés à l’édition Deluxe) soit aussi mesquine. Ce n’est pas en profitant des fans qu’on leur fait honneur.
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