Test Haven

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PS5

Avec sa direction artistique japonisante et sa musique électronique synthware sentant bon le cinéma américain des années 80, on a du mal à croire que Haven a été réalisé en France, à Montpellier, par les auteurs du mémorable Furi. Alors que ce dernier fut offert aux membres du service PlayStation Plus à son lancement, ce nouveau titre fait volte-face en intégrant directement le Game Pass de la concurrence le jour de sa sortie. Les joueurs sur la nouvelle console de Sony devaint ainsi débourser 24,99€ pour y accéder, l’expérience en vaut-elle le coût ? Réponse dans ce test.

Un goût de paradis

A l’heure où les jeux vidéo sont de plus en plus didactiques, démarrer une partie d’Haven a quelque chose de déroutant. Aucune introduction ni aucun pavé d’écriture ne nous introduit les protagonistes ni leur histoire. La narration se fait progressivement, par bribes de dialogues entre Yu et Kay, une sorte d’Adam et Eve modernes échoués sur une planète extraterrestre qui vivent d’amour et de pommiels, un des fruits exotiques qui poussent sur cet ensemble d’îlots. A les écouter on comprend que dans cet univers alternatif les couples sont sélectionnés par un grand appaireur et que la seule façon pour eux de vivre leur union non prescrite était de fuir à bord d’un vaisseau. L’idylle aurait pu durer plus longtemps si un tremblement de terre n’avait pas endommagé leur nid douillet, les obligeant à approfondir davantage l’exploration de leur caillou en quête de quoi le réparer.

Si le début du jeu nous apprend tout de même les bases des déplacements en planant à quelques centimètres du sol comme dans un épisode de Dragon Ball Z à l’aide du bouton R2 (et L2 pour faire des dérapages), les gestes du quotidien sont à découvrir par soi-même. Dans le nid par exemple, on ne dirige plus les personnages mais la caméra librement comme un spectre qui errerait dans les lieux. C’est ainsi qu’on apprend qu’on peut cuisiner nos récoltes, manger pour reprendre des forces, trinquer à l’amour, jardiner des graines récupérées, synthétiser des médicaments, se soigner, se doucher, dormir et même plus tard consulter le planisphère et améliorer ses équipements en allant sur les machines dédiées. Ce petit côté Sims est suffisamment sommaire pour ne pas avoir l’impression de devoir prendre en mains des tamagotchis, la jauge de faim étant simplement planquée dans l’onglet santé du menu. Pas de barre de soif, d’hygiène ou de fatigue trop contraignante ici. On doit tout de même prendre un sac de vivres quand on quitte le foyer, et on peut dormir à la belle étoile l’un contre l’autre à certains endroits pour casser la croûte et reprendre des forces.


Les choses se corsent lors du premier combat. A l’instar de certains RPG, les ennemis sont visibles dans le décor et lorsqu’ils fondent sur nous l’écran bascule en mode combat au tour par tour. Et là c’est en totale improvisation qu’on expérimente un système de combat basé sur les touches directionnelles pour Yu et les boutons symboles pour Kay. Au hasard de la manipulation on devine qu’une direction sert à frapper, une autre à blaster de loin, une autre encore à nous protéger et la dernière à pacifier les ennemis. Pacifier ? Oui, comme dans Okami la faune et la flore sont corrompus par une rouille rouge qui transforme d’inoffensives bestioles en sauvages sanguinaires qu’on doit tabasser pour leur faire reprendre leurs esprits. Peu techniques, globalement très faciles, sans points d’expérience ni niveaux, et avec un bestiaire qui tourne en boucle, ces phases n’ont pas grand intérêt si ce n’est celui de casser l’exploration alors que glisser dans une traînée lumineuse sur de la bonne musique se suffisait à lui-même. Le pire, c’est que le ciblage des ennemis et les barres de vie sont masquées par défaut rendant le tout encore plus confus. Un passage dans le menu « accessibilité » des options corrige le tir, mais on a surtout l’impression que les développeurs se sont sentis obligés de les intégrer sans grande passion.

La puissance du port du havre

De la passion en revanche il y en a dans les phases d’exploration, à voler longuement dans les hautes herbes, main dans la main, bercé par la bande son exceptionnelle de l’artiste Danger. Il se dégage de ces phases quelque chose d’enivrant, entre la beauté des décors, la complicité évidente de nos héros, et certaines ondes qui nous font décoller pour profiter d’une vue imprenable. Le trip aurait été parfait s’il ne se heurtait pas une gestion hasardeuse des collisions contre des murs invisibles envoyant la caméra dans les cordes. On aurait aussi aimé pouvoir se perdre dans un environnement énorme au lieu de conquérir ce monde îlot par îlot, coupé par des (courts) temps de chargement entre chacun, d’autant que la carte n’est pas un modèle de navigation. Découpée en carreaux reliés entre eux par un trait blanc, on peine à s’orienter convenablement même en la faisant apparaître pratiquement en plein écran. Une miniature classique en bas de l’écran aurait été plus intuitive pour s’y retrouver puisque les zones sont visuellement indissociables entre elles.

Début de nouvelle génération oblige, chaque nouveau titre sert à mettre à l’épreuve les capacités de la PlayStation 5. Haven n’échappe pas à la règle et propose le désormais incontournable sélecteur entre un meilleur visuel et de meilleures performances. Si vous optez pour le premier vous constaterez une végétation nettement plus dense et touffue en contrepartie d’étonnantes chutes de frame-rate sur certains îlots de bonne taille. On sait la nouvelle console de Sony capable de gérer ça, alors on suppose qu’il s’agit simplement d’un petit souci d’optimisation pouvant être consolider avec un patch correctif. Le mode performance lui a passé un coup de tondeuse à gazon mais reste toujours fluide même dans les pires dérapages. Du côté de la manette DualSense, les vibrations se montrent puissantes durant certaines cut-scenes mais plus discrètes pendant l’exploration, sauf en suivant des ondes ou en volant au-dessous de l’eau où elles vont se ressentir jusque dans les gâchettes qui se raidissent alors légèrement.


Happé par la direction artistique dès la magnifique cinématique de lancement, envoûté par la musique électronique et captivé par l’intimité du couple, le soft aurait pu nous marquer pour de bon si le soufflet ne retombait pas une fois passé le premier tiers de l’aventure. Au bout de quatre heures on a l’impression de tourner en rond, de se perdre toujours dans le même décor, de se farcir des allers-retours imposés par un retour forcé au vaisseau à la découverte de la moindre nouvelle pièce. Les combats ayant livré tout leur potentiel dès la seconde joute, on ne fait que les expédier par la suite pour reprendre la route. Même notre attrait pour le couple s’érode avec le temps en solo, sans personne à côté de nous avec qui débattre de leurs réactions. L’intérêt joue heureusement les prolongations en duo, à synchroniser nos attaques durant les combats, à surfer côte-à-côte et à surprendre notre partenaire en répondant aux dialogues de manière inattendue. Haven a été pensé pour être joué en couple, ça se sent.

Alors au final, Haven, on l’ajoute au panier ou pas ? Et bien tout dépend de votre pouvoir d’achat car si son téléchargement nous paraît indispensable pour les possesseurs d’un Game Pass, les joueurs sur PS5 devront y réfléchir à deux fois avant de lui passer la bague au doigt parce que même si le nouveau Game Bakers est du miel pour les yeux et les oreilles, à la longue ses nombreux défauts nous donnent plutôt le bourdon.

Notre verdict

On aime

  • Un duo qui fonctionne bien
  • Une excellente bande son
  • Un univers coloré à la direction artistique soignée
  • Les déplacements planants
  • L’histoire qui se révèle petit à petit
  • L’exploration amusante au début
  • C’est mieux d’y jouer à deux

On n'aime pas

  • Les combats sans saveur
  • Les îlots interchangeables
  • La carte à revoir
  • Les chutes de frame-rate
  • La lassitude précoce

Tout comme le couple dont il fait l’éloge, Haven passe rapidement de la passion à la raison, le plaisir de la découverte étant rattrapé par la routine et une certaine lassitude. On y reste jusqu’au bout par fidélité mais l’envie d’aller voir si l’herbe n’est pas plus verte ailleurs revient trop régulièrement pour être honnête. Et comme l’amour c’est mieux à deux, le titre de The Game Bakers gagne nettement en intérêt quand il est partagé, de préférence avec sa moitié ou le / la meilleur(e) ami(e) dont on est secrètement amoureux.

Note finale : 6.5 / 10
Les commentaires
Le
Oula t’as l’air hyper negatif.
Il se joue complètement a 2 en coop local ?
Le
Good job Vincent :)
Ça confirme ce que je craignais : à trop miser sur la simplicité, le jeu semble avoir du mal à renouveler ses mécaniques et donc, son intérêt sur la durée. D'où ce sentiment de monotonie qui ressort de pas mal de tests. C'est dommage car l'ambiance très "chill" est assez attirante sur le papier. J'espère que l'écriture, la façon dont est dépeinte la relation des héros, est suffisamment crédible pour que le jeu retienne mon attention. On verra !
Le
Pouet a écrit : sam. 5 déc. 2020 22:57 Oula t’as l’air hyper negatif.
Tu parles de ma personnalité en générale là ? 😁

Sinon oui, deplacements, dialogues et combats en coop en local.
Le
Tu penses que c'est un jeu accessible a quelqu'un qui ne joue pas aux jeux video?
Vu qu'il est sur Game Pass, je pense le télécharger, mais mon partenaire est absolument pas un adepte des jeux video. Ca se limite a Mario Kart pour lui généralement.
Le
Puisque ça ne te coûtera rien d'essayer pourquoi t'en priver ? :)

Le gameplay est assez "sommaire" pour ne pas rebuter des non-joueurs je pense. A tester !
Le
J'essaye d'en savoir un peu plus avant de l'embarquer, merci. :D

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