Test A Plague Tale : Innocence

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PS4

On a l’impression de ne le découvrir qu’aujourd’hui, mais le studio bordelais Asobo existe pourtant depuis 2002 et compte déjà à son actif plusieurs jeux à licence, notamment des adaptations Disney, développés sur PC et consoles. Après Fuel (PC, Xbox 360, PS3) en 2009, voici donc sa deuxième création originale, A Plague Tale : Innocence. Un jeu d’aventure fortement inspiré par le cultissime The Last of Us mais qui, par bien des points, parvient à tracer sa propre voie. Et avec un certain brio, de surcroît. On vous dit tout.

En pleine Guerre de Cent Ans, en 1348, on semble encore vivre paisiblement dans la province française de Guyenne. Mais alors qu’elle pense partager un moment heureux avec son père, le seigneur De Rune, la jeune Amicia voit son existence bouleversée par une série d’événements dramatiques. Elle se retrouve alors livrée à elle-même, à fuir la région avec son frère cadet, Hugo, qu’elle connaît à peine. Gravement malade, ce dernier est activement recherché par l’Inquisition sans que l’adolescente ne sache vraiment pourquoi. Et comme une seule menace ne suffit pas, les deux enfants doivent aussi échapper à la Peste noire, une calamité incarnée par une colonie de rats féroces qui a déjà décimé de nombreux villages.


Outre son atmosphère pesante et saisissante (on ne compte plus le nombre de cadavres croisés en chemin !), A Plague Tale : Innocence frappe d’entrée par sa maîtrise du rythme. Modèle de concision et d’immersion, le tutorial donne, à lui seul, le ton de l’aventure. Alternant habilement phases narratives et séquences de gameplay, à la manière de l’illustre The Last of Us, les dix-sept chapitres du jeu s’enchaînent avec une fluidité remarquable (à l’exception des temps de chargement), tout au long de la dizaine d’heures nécessaire pour voir le fin mot de l’histoire. Au jeu des comparaisons, toutes proportions gardées, le titre d’Asobo Studios n’a pas à rougir en termes d’équilibre, de mise en scène et d’écriture, à grand renfort de bonnes trouvailles. Un véritable tour de force pour un « AA ».

Fuite en avant

Au-delà de ce qu’il raconte, A Plague Tale : Innocence témoigne aussi d’un vrai savoir-faire dans sa proposition ludique. La base du gameplay est simple : parce que ce sont des enfants évoluant seuls dans un environnement hostile, Amicia et Hugo se doivent d’adopter la stratégie de l’évitement, autant que possible, voire tout simplement la fuite. Point de combats donc, ou très peu. Tout réside dans le contournement et la discrétion, souvent sous forme d’énigmes environnementales. En effet, Amicia peut se servir de plusieurs projectiles (avec ou sans fronde, crafting à prévoir) pour créer des diversions, éloigner un soldat de son poste ou des rats un peu trop affamés, pour ensuite pouvoir se faufiler en douce à l’abri des menaces. Si l’on peut regretter la trop grande linéarité de ces phases de jeu (il y a rarement plus d’une solution pour se frayer un chemin) le jeu d’Asobo étoffe régulièrement la palette d’actions du joueur, donnant ainsi un sentiment de progression constant. Certaines zones bien gardées peuvent parfois donner du fil à retordre, d’autant que l’IA souffre de quelques ratés : un compagnon qui va se jeter dans la gueule du loup (des rats, en l’occurrence), des ennemis tantôt réactifs tantôt aveugles… Ce n’est heureusement pas aussi prégnant, mais c’est là le type de bugs qui peuvent venir mettre à mal une phase d’infiltration. Heureusement le jeu a la bonne idée de proposer assez de checkpoints pour ne pas perdre le bénéfice de sa progression.

Quant à parler de technique, il faut reconnaître à A Plague Tale une très bonne tenue générale pour un titre de cette envergure. Pas de ralentissements à noter de notre côté sur PS4 standard : le jeu est très fluide, même lorsqu’il affiche d’importantes nuées de rats dans des espaces visuellement très chargés. Une belle prouesse technique qui fait son effet, saisissant là encore, et contribue beaucoup à l’immersion du joueur dans les contrées désolées d’un royaume de France à l’agonie. Les jeux se déroulant au Moyen-Âge peinent parfois à avoir une âme, mais le titre d’Asobo évite cet écueil avec un certain brio. La direction artistique du jeu est très convaincante, non seulement visuellement mais aussi sur le plan sonore, avec certains environnements qui apparaissent criants de vérité (on pense notamment aux bruitages de la forêt). Evidemment, petite équipe oblige, on n’est pas à un niveau de reconstitution et de réalisation digne d’un jeu Naughty Dog : pas mal d’éléments semblent effectivement « figés » (les chevelures, la flore, les vêtements), certaines textures sont très sommaires et les animations de course manquent, elles, de naturel… Il est malgré tout difficile d’en tenir rigueur à A Plague Tale, qui demeure un jeu très propre graphiquement, si ce n’est plus, pour un « AA » (mention spéciale aux effets de lumière). Seul vrai bémol dans l’exécution technique du jeu, les déplacements un brin lourdauds et « savonneux » d’Amicia nécessiteront un petit temps d’adaptation durant les premiers chapitres.

Sobre et efficace

A Plague Tale a aussi, peut-être, le défaut de sa plus grande qualité : par son rythme soutenu, le jeu semble parfois éluder certains moments-clés dans l’évolution de ses personnages, ce qui le conduit bien malgré lui à diluer l’émotion du récit. On aurait ainsi aimé être davantage pris à la gorge devant certaines situations, souvent poignantes et bouleversantes. On pourrait également émettre de petites réserves sur la caractérisation de Hugo, qui prouve une nouvelle fois que les jeux vidéo peinent à mettre en scène de manière crédible de jeunes enfants (le même reproche qu’à Atreus, dans le dernier God of War). Deux points de détail qui n’enlèvent rien à l’excellent travail d’écriture global, sans fioriture aucune ni artifice. Car il y a quelque chose de très simplement touchant dans les mésaventures des enfants De Rune, livrés à eux-mêmes et confrontés aux pires horreurs (le jeu est à ce titre assez implacable) qui sonnent pour eux la fin prématurée de l’âge de l’innocence. Tout aussi efficaces de sobriété, les compositions d’Olivier Derivière (Remember Me, Vampyr) accompagnent l’action avec une grande justesse, dans les moments de tension (de manière graduelle, en fonction des situations) comme lors de passages plus intimistes. Sans oublier des doublages très convaincants dans l’ensemble, autant en anglais qu’en français (avec un casting vocal au poil). Bref, le titre tient en haleine sans jamais faiblir sur la longueur, et c’est bien là tout ce qu’il faut retenir de ce test. Une belle et franche réussite, made in Bordeaux.


Notre verdict

On aime

  • Une aventure longue (10h) et prenante
  • La narration habile et le rythme maîtrisé
  • Le gameplay qui s’étoffe constamment
  • La réalisation, soignée pour un « AA »
  • Les musiques et doublages, solides

On n'aime pas

  • Les quelques errances de l’IA
  • Les déplacements et quelques animations
  • Le manque d’ouverture des environnements

Bien que développé par la modeste équipe girondine d’Asobo, A Plague Tale : Innocence pourrait passer pour un jeu de vieux briscards. S’inspirant de l’illustre The Last of Us, le soft affiche un niveau de maîtrise impressionnant pour un « AA », tant dans le rythme soutenu de son aventure que dans le bon calibrage de son game design. On peut toujours pinailler sur deux ou trois points (la partie technique, quelques facilités d’écriture), mais il y a manifestement eu un énorme boulot d’abattu, ce qui donne là un titre très agréable à parcourir sur la dizaine d’heures de jeu qu’il propose. Une fois lancé dans l’aventure, difficile d’en décrocher avant son dénouement. Que demander de plus ?

Note finale : 8 / 10
Les commentaires
Le
Le seul jeu qui me fait envie actuellement... Dommage que les ventes ne suivront pas.
Le
Leolio a écrit :
mer. 15 mai 2019 15:56
Le seul jeu qui me fait envie actuellement... Dommage que les ventes ne suivront pas.
A voir. Les tests lui font une bonne petite pub par chez nous. Perso je me le prendrai dès que j'aurai platiné Sekiro.
Le
La mise en place du titre n'est pas folle, à voir combien il a coûté aussi...
Le
franchement il est arrivé de nulle part ce jeu. Je m’attendais pas a autant d’éloges vu que la démo de l’E3 m’avait laissé un sentiment moyen sur le jeu.
Maintenant j’ai bien envie de me le prendre.
Le
Le jeu me tente beaucoup aussi, l'ambiance a l'air au top.
Le
Je me le suis pris. Encore 12 niveaux à passer sur Sekiro et je l'entame :mdr:
Le
Je l'ai pris aussi, j'attaque dès que je termine l'épisode 3 de Life is Strange 2.
Le
Gui a écrit :
mar. 14 mai 2019 22:28
Bravo les bordelais !
Merci
Le
J’ai fait le premier chapitre du jeu, qui sert uniquement de tuto. Visuellement, c’est splendides pour un AA, comme quoi on peut faire de très beaux jeux même avec un budget moindre quand on ne cherche pas l’open world à tout prix ;P
Niveau gameplay, ça a l’air simple, avec des mécaniques d’infiltration très classiques. L’ambiance est bien glauque par contre, les pauvres gosses, on se croirait dans GoT :D
Seul gros défaut pour le moment : j’ai eu 2 crashs en 35 minutes... Le jeu étant en version 1.0, j’espère qu’il sera patché.
Le
Acheté aussi de mon côté. Mais pas pour soutenir Jericho !
Le
J'ai fait les 4 premiers chapitres et j'adore, aussi bien l'ambiance que la direction artistique, gros travail :jap:
Le gameplay est assez basique mais ça ne me dérange pas du tout (même si légèrement trop facile).
Aucun crash à signaler pour le moment.
Le
Je précise que les crashs ont eu lieu sur la version PC.
Après avoir mis à jour mes drivers graphiques, je n'ai pas eu de crash pendant tout le chapitre 2. Je vais faire un seul chapitre par session je pense, psychologiquement c'est assez dur comme ça :D
Le
Cool, ça en fait quelques uns qui l'ont pris ici. C'est bon ça.
Le
Sephi a écrit :
mar. 21 mai 2019 22:10
Acheté aussi de mon côté. Mais pas pour soutenir Jericho !
Salope ! :D

Du moment que tu soutiens mes compatriotes, c'est pas grave ! ;)
Le
Jericho a écrit :
jeu. 23 mai 2019 14:23
Sephi a écrit :
mar. 21 mai 2019 22:10
Acheté aussi de mon côté. Mais pas pour soutenir Jericho !
Salope ! :D

Du moment que tu soutiens mes compatriotes, c'est pas grave ! ;)
Ben voui faut soutenir ce genre de belle production française !

Jeux concernés

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