Test Call of Cthulhu

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PS4

Les œuvres d’Howard Phillips Lovecraft ont maintes fois inspiré les développeurs de jeux vidéo et parfois même avec la licence officielle de l’Appel de Cthulhu, la nouvelle la plus connue de l’écrivain. Nombreux se souviennent encore du titre Call of Cthulhu : Dark Corners of the Earth qui fit son petit effet lors de sa sortie en 2005 sur Xbox et l’année suivante sur PC. Succédant au studio Frogwares un temps pressenti sur le projet, c’est la première fois que le studio français Cyanide s’attaque à un tel morceau, le studio de Nanterre étant surtout connu pour ses épisodes de Pro Cycling Manager (Le Tour de France), ses adaptations des licences Blood Bowl, Space Hulk et récemment la série originale Styx. Résisterez-vous à l’appel ?

Call of Folie

Baptisé simplement Call of Cthulhu, le jeu édité par Focus Home Interactive s’inspire du jeu de rôle papier Chaosium autant que des écrits de Lovecraft. Le joueur y incarne en vue intérieure Edward Pierce, un vétéran de la Grande Guerre reconverti en détective privé désabusé installé à Boston. Avec son look passe-partout faisant de lui le parfait sosie du docteur Jonathan Reid du jeu Vampyr de Dontnod, notre type peine à boucler ses fins de mois. Lorsque le père de Sarah Hawkins frappe à sa porte pour lui demander d’enquêter sur la mort de sa fille et de toute sa famille dans l’incendie de leur maison, notre homme n’hésite pas bien longtemps même s’il faut pour cela se rendre sur l’île de Darkwater. Avec un tel nom, ce port de baleiniers n’a rien d’une île tropicale : froide et lugubre, cette terre isolée est gangrenée par la pègre locale qui exploite les derniers pêcheurs au chômage technique qui n’ont pas encore sombré dans l’alcool. Aidé par un policier local, Pierce se fraye un chemin jusqu’à la grille de la dernière demeure de la famille Hawkins. Que leur est-il vraiment arrivé ?

Pour répondre à cette question vous devrez mener votre enquête en flânant dans les zones décloisonnées mais assez restreintes, en taillant le bout de gras avec tous ceux qui le veulent bien et en faisant des choix cruciaux qui affecteront (de manière superficielle) votre destin lors de dialogues ciselés. Call of Cthulhu est avant tout un jeu d’aventure scénarisé dans l’esprit de The Council du même éditeur (le côté épisodique en moins) mais dans un registre beaucoup plus orienté thriller paranormal qu’historique. Dans les guêtres du héros on marche pas mal, on parle beaucoup, on use la roue de sélection des réponses à force de rotations et on agit de temps en temps sur des mécanismes. La progression, chapitrée, a un petit côté fourre-tout passant à la volée d’un niveau d’exploration proche d’un walking simulator labyrinthique à un autre basé sur des énigmes, à un autre centré sur l’infiltration, un sur l’enquête policière ou sur du shoot assisté façon salle d’arcade. L’expérience ne manque pas de variété, mutant au gré du scénario.


L’histoire tire naturellement la couverture à elle et s’avère plus intéressante et surprenante que le gameplay, relativement convenu, allant jusqu’à multiplier les points de vue pour mieux brouiller les pistes. Partant d’un point de départ rationnel, elle tend rapidement vers le fantastique au point de gommer la frontière entre rêve et réalité, entre logique et folie. Notre type glisse petit à petit du côté de l’asile, est pris de panique dès qu’il se sent enfermé (avec distorsion de l’écran pour marquer sa détresse), est victime d’hallucinations (à moins que…) et donne souvent l’impression d’émerger d’un cauchemar. Des références à l’œuvre de Lovecraft sont naturellement présentes (Nécronomicon, Vagabond Dimensionnel, Léviathan) mais le bestiaire est nettement plus réduit que dans le jeu de rôle papier au risque de laisser les fans sur leur faim. Néanmoins, à moins d’être hermétique aux délires ésotériques, difficile de ne pas être happé par le suspense qui montre crescendo et par l’envie d’en découvrir toujours plus. Et au final, même si certaines scènes / relations / personnalités auraient mérité d’être plus approfondies (des raccourcis scénaristiques sont un peu incompréhensibles), on dévore les quatorze chapitres – comptez sept à huit heures de jeu – pour découvrir un dénouement d’une violence inouïe. Le jeu comporte deux fins différentes déterminées par votre ultime choix pour explorer les deux faces de la même pièce. A croire que tous ceux qui précèdent n’auront finalement servi à rien, comme pour l’épilogue de Life is Strange.

L’or à l’appel

Call of Cthulhu débute comme une enquête à la Sherlock Holmes, et cette dernière mène tout naturellement vers notre journal accessible en pressant le touchpad de la manette. Celui-ci recèle les informations utiles sur notre mission, sur les lieux, sur les insulaires, les faits occultes, les indices par chapitre et les objets et autres découvertes glanées en fouinant. Surtout, le journal contient un onglet des compétences évolutives de notre limier dans lesquelles répartir les points obtenus durant la progression dans l’aventure, histoire de personnaliser l’expérience comme dans un RPG (on démarre avec huit points cadeaux à répartir tout de suite). Des points dans l’éloquence et vous pourrez convaincre / manipuler vos interlocuteurs rien qu’avec vos mots, des dépenses dans la psychologie et vous comprendrez plus vite les motivations des personnages, une répartition dans la force et vous pourrez forcer des serrures, des mécanismes et faire preuve de violence si besoin. Les compétences investigation et objets cachés permettent quant à elles de trouver plus facilement des indices, d’analyser les scènes de crime et de crocheter des serrures. Impossible en revanche de répartir des points dans vos talents en médecine légale et en occulisme, ces deux-là augmentent automatiquement quand vous trouvez des objets clés (des livres, de artefacts) dans les décors. Avoir les mains qui traînent est donc récompensé et ce n’est de toute façon pas bien compliqué puisque les éléments intéressants sont marqués par l’icône d’une main.

En fait, c’est le gameplay tout entier qui nous prend par la main. Orienté grand public plus que gamer, le jeu de Cyanide n’offre pour ainsi dire aucun challenge : un indicateur met en évidence les objets interactifs, l’inventaire a disparu au profit d’une utilisation automatique des items quand nécessaire, le choix de réponses les moins opportunes lors des dialogues n’entraîne aucun game over et la visée est automatique lors des phases de shoot. Il suffit d’appuyer sur R2 pour abattre un ennemi d’une seule balle sans même le viser manuellement. Une vraie promenade de santé, un peu maladroite pour un jeu vidéo censé faire peur. Et quand bien même les monstres sont de sortie, les sauvegardes automatiques régulières évitent d’avoir à tout recommencer à chaque mort. A la rigueur, le seul obstacle à la progression serait de ne pas trouver un indice entraînant une déduction lors des reconstitutions imaginées des scènes passées, mais en développant la compétence objets cachés un point d’interrogation en bas à gauche de l’écran et une diode verte sur l’indice en question nous facilitent grandement la tâche. Non, vraiment, le jeu est facile et nous laisse nous concentrer sur l’histoire et l’ambiance assez oppressante par moment (deux-trois sursauts sont à prévoir). Armé d’une lanterne ou d’un simple briquet, on avance à tâtons en se penchant dans les coins (boutons L1/R1) pour voir ce qui nous attend entre deux couloirs.


Réalisé sous Unreal Engine, la réalisation souffle le chaud et le froid comme souvent avec ce moteur. D’un côté les décors ont du style et un cachet certain, les effets de lumières sont satisfaisants et les textures correctes en intérieur, de l’autre les personnages sont rigides et leurs expressions faciales sont figées. De même, en extérieur, quelques textures manquent de détails et renvoient presque à la génération précédente, le tout avec un temps de chargement initial très long mais qui évite toute attente un fois le niveau chargé. Pour le reste, nos oreilles sont blotties entre des doublages anglais convaincants (sous-titrés en français) et des musiques qui savent se faire discrètes quand il le faut et ostensibles pour mettre la pression.

Notre verdict

On aime

  • L’ambiance fantastique
  • Les deux fins
  • L’accessibilité pour (presque) tous
  • La variété des situations
  • Les compétences évolutives

On n'aime pas

  • L’impression d’être assisté du début à la fin
  • Les PNJ clonés et peu expressifs
  • L’écriture manque de profondeur
  • Les temps de chargement à rallonge
  • Pas assez flippant

Adapter une licence aussi dense et reconnue que Call of Cthulhu avait tout du projet casse-gueule pour le studio Cyanide, tant les attentes qu’elle pouvait susciter auprès des fans risquaient d’être démesurées. Si un certain public de connaisseurs exigeants sera quelque peu déçu par la narration qui survole le mythe et ses protagonistes, le grand public à qui ce titre semble de toute façon se destiner saura apprécier la qualité d’écriture, le suspense bien entretenu et la tension qui monte crescendo jusqu’à un final marquant. Le gameplay en pilote automatique a le mérite de proposer des situations variées, plus fines qu’escomptées, et on ne s’ennuie pas une seule seconde à jouer le détective au bord de la rupture. Pas de quoi devenir zinzin du mythe pour autant, mais il donnera sans doute l’envie de (re)lire la nouvelle à nombre d’entre vous. 

Note finale : 7 / 10
Les commentaires
Le
Merci pour le test Vincent :jap:
Le
C'est bon j'achète.
Le
Sephi a écrit :
mar. 30 oct. 2018 17:09
Merci pour le test Vincent :jap:
Merci de l'avoir lu !
Le
Les avis ne sont vraiment pas unanimes pour ce jeu. J'aime bien les enquêtes donc j'essaierai sûrement à petit prix.

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