On a retrouvé le 7ème compagnon
À sa sortie en 1993 sur PC, Mac et sur le CD-I de Philipps, The 7th Guest était une prouesse technique, un des premiers titres à exploiter tout le potentiel du CD-Rom pour les jeux vidéo. Il est instantanément devenu un incontournable, une démonstration de ce que nous réservait l’avenir avec ses décors en 3D précalculée dans lesquels étaient incrustées des vidéos numériques en FMV. La mode des jeux en Full Motion Video a d’ailleurs pris durant un court moment et la 3D précalculée a fait les beaux jours de la PlayStation (les décors de Resident Evil, Final Fantasy, Parasite Eve, Dino Crisis 2…). Trois décennies plus tard, le classique du studio Trilobyte passe chez Vertigo Games pour devenir une expérience de réalité virtuelle portée sur PlayStation VR2 avant d’aboutir à ce remake complet réalisé par les Marseillais d’Exkee et accessible pour tous ce jeudi 4 juin. Pas radin, l’éditeur a la gentillesse d’offrir ce remake aux possesseurs de la version VR et de proposer sans frais la version VR aux nouveaux acheteurs du remake. Une initiative rare qu’il convient de saluer. En revanche, le remaster du jeu original pour son 30ème anniversaire, disponible sur le PlayStation Store à 21,99€, n’est pas packagé dans l’offre pour des raisons d’édition.
Ce jeu d’aventure en vue intérieure débute par l’arrivée sur un ponton d’un personnage dont nous ne savons rien. Nous ne voyons pas ses mains, il ne s’exprime pas, mais il entend la voix d’un jeune garçon qui semble le guider lors de ses premiers pas. Nous allons immédiatement saisir une lanterne spirituelle (bouton L2) qui sert aussi bien à éclairer devant nous qu’à faire remonter le temps à ce qui se trouve dans son faisceau. Concrètement au début de l’histoire, la lanterne répare les planches cassées du ponton pour pouvoir progresser, redonne une seconde jeunesse aux fleurs fanées qui passent sous sa lumière, restaure les tapisseries, fait réapparaître des objets clés brisés et dévoile la vraie nature des portraits peints accrochés aux murs du manoir Stauf.
Du nom de son propriétaire Henry Stauf, riche fabricant de jouets disparu depuis longtemps, cette bâtisse abandonnée cache un terrible secret. Des enfants y seraient morts et lors d’une réception donnée par le maître des lieux, six convives s’y seraient rendus et n’en seraient jamais ressortis. Un septième invité - qui donne son titre à cette production - aurait également été convié et c’est sur le mystère entourant son identité que repose l’intrigue bien ficelée de ce scénario adapté en roman en 1996. La narration est diffuse tout au long du jeu, par l’intermédiaire de scènes de flashback qui ressurgissent au gré de notre progression dans les différentes pièces de la demeure. Ces réminiscences sont des vidéos volumétriques qui se mêlent à la réalité du jeu, on peut alors s’approcher d’elles et leur tourner autour comme si un fragment de cette nuit tragique se rejouait sous nos yeux. Ce sont de véritables humains qui incarnent les différents visiteurs, avec une présence assurée et un jeu d’acteur crédible en anglais sous-titré en petits caractères français. Dommage pour nous, la version originale avait été doublée en français en son temps et on ne peut pas modifier la taille de la police d’écriture.
Wow ! What a mansion !
L’ambiance de ce jeu est véritablement excellente, entre le côté « Phantom Manor » de la maison, hantée par les esprits du passé, et son petit côté Cluedo à désépaissir le mystère à chaque pièce qui se déverrouille. La réalisation graphique est dans la bonne moyenne du genre, suffisamment immersive sur les parties intérieures, moins réussie sur les extérieurs, sans être jamais tape-à-l’œil pour autant (pas de mode graphique, ni de mode performance ici). La production se rattrape largement sur ses très bonnes compositions musicales, jazzy au début, laissant sa place à la réflexion, et qui deviennent de plus en plus oppressantes en progressant. Le jeu n’est pas à mettre entre toutes les mains et sa classification 16+ par le PEGI prouve qu’il peut effrayer un jeune public. L’atmosphère est lourde, pesante, à couper au couteau et certains passages peuvent même créer une certaine tension. Nous n’irons pas jusqu’à parler de jeu d’horreur psychologique non plus, mais il a un côté lugubre saisissant, qui sert le gameplay jusque dans la représentation de ses puzzles.
Dans les faits, The 7th Guest est surtout un puzzle-game dans lequel la résolution de toutes les énigmes d’une salle du manoir déverrouille la pièce suivante pour y résoudre une nouvelle grappe de remue-méninges. Les casse-têtes couvrent un large panel de genres, comme on en trouve à la pelle dans les jeux d’objets cachés d’Artifex Mundi à la différence qu’ils sont tous en 3D et intégrés aux décors de manière réaliste. Au fur et à mesure de la progression les énigmes deviennent de plus en plus difficiles et un recours à la planche Ouija semble inévitable tant certains sont à s’arracher les cheveux. Placée sur le pavé tactile et le bouton Carré, cette dernière permet de visionner la carte, notre pourcentage de progression dans l’aventure et contient surtout une aide de jeu progressive, du simple indice à la résolution complète. Bien sûr, pour ne pas abuser du système d’aide, la sollicitation demande un jeton Stauf, à récupérer dans des cachettes du manoir. Avec une cinquantaine de piécettes, il y a pratiquement de quoi tricher à volonté pour ne jamais se retrouver bloqué trop longtemps, d’autant qu’il n’y a aucun mode de difficulté sélectionnable. Le niveau des puzzles est plutôt relevé, non pas pour une question de prise en main douteuse, bien au contraire, mais pour des raisons purement cognitives (et d’habitude). En fouillant bien les décors à la lanterne on tombe toujours sur une indication pour nous orienter dans notre réflexion.
Au-delà des puzzles, l’exploration des lieux demande de saisir (bouton R2), d’examiner à 360° (Triangle) puis de lâcher (bouton R1) de nombreux objets du décor, sans avoir la possibilité d’en conserver un seul, en l’absence d’inventaire. Aucun risque de perdre un objet clé pour autant, les objets tombés au sol retournent miraculeusement à leur place initiale comme si de rien n’était. Ainsi, on saisit parfois des boites à musique qui diffusent des messages à la manière des voxophones du jeu Bioshock, pour en apprendre davantage sur le propriétaire des lieux. Chaque fois que l’horloge de l’entrée sonne, une nouvelle porte se déverrouille et on avance de manière linéaire durant sept à huit heures, une durée de vie tout à fait correcte pour le genre et le prix (19.99 euros). Si les nostalgiques seront ravis de retrouver cette pépite avec un regard neuf, la concurrence lui tient désormais la dragée haute (plus vaste, plus documentée, plus variée, plus ouverte, plus profonde) rien qu’avec les récents True Fear Part 3 (PS4) et Call of the Elder Gods (PS5). Au fil des années il a forcément perdu de son aura de précurseur, mais reste une expérience très satisfaisante.
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