Test de Everybody’s Gone to the Rapture sur PS4

Everybody’s Gone to the Rapture

Everybody’s Gone to the Rapture

Il y a quelques semaines, lors de notre test de The Vanishing of Ethan Carter, nous évoquions l’émergence d’un nouveau genre de jeux vidéo centré sur l’exploration libre au service d’une narration lentement diffusée. Nous prenions comme exemple le réputé Dear Esther disponible uniquement sur PC. Figurez-vous que les auteurs de ce titre proposent leur nouveau jeu exclusivement sur PlayStation 4. Il s’agit du mystérieux Everybody’s Gone to The Rapture disponible depuis le 11 août dernier sur le PlayStation Store. Lacez vos souliers, il s’agit encore de faire des kilomètres à pieds.

J’ai créé…Rapture.

A peine le bouton Start appuyé dans un menu stylisé prenant la forme d’un manuel de survie, le nouveau jeu de The Chinese Room démarre face à un écrasant soleil. Le point de vue adopté est la vue intérieure. Nous ne savons pas qui nous sommes ni pourquoi nous sommes là. Un rapide tour des bâtiments qui jouxtent l’observatoire situé derrière nous suffit pour se rendre compte que la technologie date des années 80. Le vieil ordinateur, la radio, le téléphone, tout ceci est obsolète pour notre regard de 2015... En nous approchant d’une voiture, la place du volant ne laisse que peu de doute : nous sommes en Angleterre. Au détour d’un panneau d’affichage (dont les textes sont toujours en anglais et donc peu compréhensibles), on comprend que nous sommes en 1984 dans le village de Yaughton, dans le Shropshire. Ici le temps semble s’être arrêté, les habitants ont tous disparu, les panneaux de quarantaine sont encore placardés sur certaines maisons et les gens semblent avoir fui sans avoir pris le temps de fermer les portes derrières eux ou de rentrer le linge qui séchait dehors. Au détour d’un sentier on aperçoit au loin une boule de lumière, sorte d’orbe qui danse à son gré et semble nous indiquer un chemin. A son contact, des formes lumineuses apparaissent et des voix se font entendre : ce sont les souvenirs des morts…

Everybody’s Gone to The Rapture n’est pas un jeu comme les autres et se rapproche à ce titre du récent The Vanishing of Ethan Carter. Le joueur y incarne un personnage à la première personne et doit explorer librement les décors naturels et les intérieurs qui l’entourent pour comprendre l’histoire. Le gameplay est encore moins sophistiqué que dans le hit de The Astronauts puisque les interactions sont encore plus limitées que celles du détective Prospero. Seul le bouton Croix est ici sollicité, et ce uniquement pour ouvrir des portes et actionner quelques vieux appareils du style radio ou télévision : le reste n’est que pure découverte. De temps en temps il faut orienter la DualShock 4 dans un sens ou un autre pour déclencher un souvenir via le gyroscope et c’est tout. La prise en main n’a rien de complexe, tout comme le gameplay. Est-ce un défaut pour autant ? Question de point de vue sans doute puisque ce titre reposant sur une narration non linéaire captive immédiatement et ce jusqu’au générique de fin. Que s’est-il passé dans ce village anglais typique ? Où sont les habitants ? Quelle est cette étrange menace qui justifie une mise en quarantaine ? D’où vient-elle ? Que s’est-il passé le 1er juin 1984 à 02h07 ? Autant de questions dont les réponses tomberont par bribes au détour d’une conversation, du souvenir de conversations à proprement parler. Cette impression de pénétrer dans l’intimité des habitants, d’espionner leur vie privée est étrange et assez déroutante. En suivant les destins tragiques de personnages les uns après les autres, on se sent comme un médium qui écoute l’au-delà pour mieux comprendre les événements passés.

Une autre vision de l’apocalypse

Loin des fins du monde à base de destruction massive ou d’invasion de zombies, les développeurs de The Chinese Room racontent l’histoire poignante d’une apocalypse pas comme les autres. On y parle de morts, évidemment, mais aussi d’amour, de peur, de trahison, de lâcheté ou encore de courage, d’amitié, de fidélité... Autant d’émotions et de sentiments qui s’entremêlent dans des tranches de vie  que l’on surprend, parfois un peu par hasard en pénétrant dans une maison, en fouillant un peu, en sortant des sentiers pour explorer. Ce titre peut être joué de deux façons selon que vous soyez enclin à visiter chaque maison à la recherche d’une scénette (ou simplement pour le plaisir de découvrir des lieux modélisés avec réalisme et bon goût) ou que vous vous contentiez de suivre la sphère lumineuse jusqu’à la prochaine révélation. Evidemment, si vous avez peur de vous perdre et que vous préférez l’approche directe vous risquez de passer à côté de nombreux détails scénaristiques et réduirez la durée de vie de moitié (comptez quatre à cinq heures au lieu de sept à huit normalement). En revanche si vous prenez le temps de flâner, de vous incruster chez les gens, d’aller là où on ne vous attend pas, vous vous approprierez les lieux et serez plus attachés aux défunts. Les scènes sont écrites avec une justesse rare pour un jeu vidéo et les personnages sont pleins d’humanité. Ce serait dommage de s’en priver.

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Compte tenu du cadre, les voix originales sont naturellement anglaises mais vous pouvez également opter pour un doublage français pour faciliter la compréhension sans avoir à lire de sous-titres. Néanmoins nous vous conseillons de laisser les sous-titres, ne serait-ce que pour connaître les noms des personnages et ainsi remettre un prénom sur une voix. Dans les deux cas les performances sont remarquables et les doubleurs reconnus retransmettent les émotions aisément. Question émotions, vous serez largement servis par une bande son grandiose pleine de mystère et de mélancolie. Des thèmes entièrement orchestraux aux des envolées lyriques à base de chœurs en passant par des performances vocales en solo, tous les ingrédients sont réunis pour nous arracher une larmiche. Pas étonnant que la bande originale soit en vente séparément sur le PlayStation Store tant elle colle au tympan. Et ce que nous n’avons pas dans la tête, nous l’avons sous les yeux avec des graphismes magnifiques rendus possibles grâce au Cry Engine. Là où The Vanishing of Ethan Carter est une démonstration du moteur Unreal Engine 4, Everybody’s Gone to The Rapture se livre à un duel en nous servant la dernière version du moteur de Crytek. Le détail des textures telles que les écorces d’arbres, le linge qui vole au vent, les cours d’eau qui s’écoulent, les effets de lumière en temps réel…tout est bon pour nous en mettre plein la rétine. Dommage que l’absence d’un zoom ne permette pas d’en profiter à 100% et que le frame rate ait tendance à toussoter par moment. A 19.99€ et même 15.99€ si vous êtes membre du service PlayStation Plus, le seul véritable défaut de ce titre à part est l’absence d’un bouton de course, ce qui nous oblige à nous trainer lentement d’un point à un autre de ce monde ouvert. C’est dire le niveau de qualité du jeu.

test écrit par

  • Graphismes

    9 / 10

    Le village de Yaughton est un délice pour les yeux rendu possible grâce au Cry Engine. Absolument sublime et totalement dépaysant.

  • Jouabilité

    8 / 10

    La prise en main, à l’image du gameplay, est minimaliste et seul le bouton Croix est utilisé. En l’absence d’un bouton de course notre personnage se traine lentement.

  • Son

    9 / 10

    Les doublages sont très bien interprétés, même en français, et les musiques véhiculent les émotions de certaines scènes poignantes. A écouter même en dehors du jeu.

  • Durée de vie

    7 / 10

    Entre quatre et huit heures selon que vous vous contentiez de suivre la lumière ou que vous preniez le temps de découvrir les charmes du village anglais.

  • Fun

    8 / 10

    Plus contemplatif qu’interactif, ce jeu envoutera ceux qui aiment flâner dans de superbes décors mais lassera très vite ceux qui aiment jouer, tout simplement.

• Graphismes magnifiques
• Bande son mémorable
• Des personnages bien écrits

• Impossible de courir
• Pas de zoom
• Quelques chutes de frame-rate

8 / 10

Verdict

Continuant sur la lancée de leur célèbre Dear Esther, les développeurs de The Chinese Room nous livrent leur vision de l’apocalypse avec Everybody’s Gone to the Rapture. Une vision intimiste et pleine d’émotions véhiculée par une bande son saisissante et une réalisation magnifique dopée au Cry Engine. Exclusivement tournée vers l’exploration et la narration via l’écoute de fragments de vies qui forment, à terme, une histoire complexe et sujette à interprétation, ce titre est une petite pépite qui parlera à ceux qui aiment s’évader avant tout. Les autres trouveront, à juste titre, qu’il n’y a rien à faire et que la forme a totalement absorbée le fond.

- / 10

Le verdict des lecteurs

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Commentaires Les derniers commentaires
  • Avatar de Pouet
    Pouet
    le 18 août 2015 à 08h46


    Ouep on est vraiment trop lent dans le jeu. Je demande pas de faire des sprints de ouf mais on a vraiment l'impression de se trainer sur les longues distances... Par exemple, j'y ai réfléchis à 2x avant d'aller trainer sur le terrain de rugby mdr Je dirais aussi que c'est un jeu qui nécessite de prendre son temps et donc d'y jouer par session assez longue. Déjà du fait par son système de sauvegarde un peu chiant, et par le fait que si on veut fouiner partout, ca prend beaucoup de temps et l'on a l'impression de ne pas avancer sinon.
  • Avatar de benji
    benji
    le 18 août 2015 à 18h03


    N'oublions pas qu'en maintenant R2 pressé, le personnage avance (un peu) plus vite. Cela amenuise le seul vrai défaut du jeu à mon avis.
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