Test de jeu / PS3 / El Shaddai: Ascension of the Metatron

- publié le 12 septembre 2011
- Etat : Disponible
- Date de sortie :09/09/2011
- Développeur :Ignition Entertainment
- Distributeur :Ignition Entertainment
- Genre :Action
- Nb de joueurs :1Visitez le site officiel
Si la Bible est avant tout le texte fondateur du christianisme, elle est aussi un formidable recueil de récits dont certains s’apparentent à de véritables romans d’aventure. Rien d’étonnant donc à ce que Takeyasu Sawaki et son équipe, œuvrant cette fois pour Ignition Entertainment, aient puisé l’inspiration de leur nouvelle production dans l’Ancien Testament : avec El Shaddai, ils nous proposent en effet une adaptation libre du Livre d’Enoch, à vrai dire peu connu du grand public.
L’histoire sur laquelle le jeu est basé est relativement simple : des anges ont été envoyés sur Terre pour veiller sur les humains, mais certains d’entre eux se sont épris des jeunes et jolies filles peuplant la planète. Cédant au plaisir de la chair, ils engendrent des créatures géantes, monstrueuses et belliqueuses, baptisées Nephilims. Fou de rage face à un tel chaos, Dieu envoie l’un de ses messagers, Enoch, pour remettre un peu d’ordre. Son objectif est simple : gravir les étages de la tour abritant les anges déchus, et les éliminer un à un.Un délire psychédéliqueSurprenant par son inspiration peu commune, El Shaddai l’est tout autant sinon plus par sa présentation aux mille facettes. Tout d’abord, oubliez les anges mignonnets avec leurs petites ailes et leur auréole : notre héros se contente ici d’un simple jean, et d’une armure légère qui dévoile peu à peu son corps d’éphèbe lorsqu’il encaisse des coups. Ajoutez à cela un Lucifer pas encore déchu pour compagnon de route, en communication constante avec Dieu via son téléphone portable, et vous comprendrez que la nouvelle production de Sawaki n’a rien du petit jeu conformiste. Et c’est sans compter sur les Nephilims apparentés à des Barbapapa, les anges déchus vêtus d’armures façon Zone of the Enders, ou encore les lieutenants de ces derniers parfois totalement déjantés : affronter deux cochons vêtus d’une armure et versant des larmes de sang, ça vous dit ?

Mais le délire ne s’arrête pas là : chacun des 12 chapitres que compte le jeu offre en effet un environnement qui lui est propre, et c’est ainsi que l’on passe de montagnes enneigées à une ville futuriste, d’une forêt désolée à une caverne inquiétante. Là où les choses deviennent intéressantes, c’est que ces décors maintes fois utilisés dans le petit monde vidéoludique sont ici méconnaissables : tenant tantôt de l’estampe japonaise, tantôt du dessin aux crayons de couleurs, et parfois même du minimalisme vectoriel popularisé par un certain Rez, on saute ainsi régulièrement du coq à l’âne, pour une expérience certes sans cesse renouvelée mais manquant aussi un peu de cohérence. De fait, si certains environnements sont tout bonnement splendides, d’autres se révèlent sans saveur et particulièrement vides…
Il faut dire que techniquement El Shaddai n’impressionne pas vraiment : les textures sont quasiment inexistantes, la modélisation des ennemis est assez basique et, hormis quelques effets spéciaux joliment réalisés, on sent bien que la beauté de certains niveaux tient plus à leur design qu’à la maîtrise de la machine. D’ailleurs, si la fluidité est bien au rendez-vous, l’aliasing est malheureusement lui aussi de la partie !
Heureusement si l’aspect graphique du jeu souffle le chaud et le froid, sa bande sonore est nettement plus convaincante : les musiques, bien que tout aussi variées que les graphismes, se montrent plus cohérentes et surtout parfaitement adaptées à l’action. Les dialogues en anglais (sous-titrés en français) forcent quant à eux le trait sur le caractère des personnages, mais il s’agit à n’en pas douter d’un moyen de renforcer encore un peu plus l’aspect délirant du jeu. On note tout de même de curieuses erreurs de traduction sur notre version review, avec par exemple un écran de sauvegarde qui indique « Aucun données » pour les slots libres, et un Lucifer qui nous avertit que « Ezekiel doit être furieuse, mais ne t’inquiète pas pour lui » !Un gameplay polymorphePad en main, El Shaddai se présente comme un mélange de beat-em-all et de plateforme tout ce qu’il y a de plus classique : on avance dans des niveaux linéaires au possible jusqu’à être bloqué par des ennemis qu’il faut éliminer avant de pouvoir reprendre sa route. La petite subtilité réside dans la présence de deux phases de plateforme différentes : en 3D bien sûr, mais aussi en 2D. A vrai dire les premières sont relativement courtes, ne servant qu’à lier deux combats, tandis que les secondes font figure de niveaux à part entière et offrent bien plus de possibilités : vous aurez ainsi droit à des plateformes basculantes, à des trajets sur des ballons tirés par des Nephilims, ou encore à des passages usant et abusant des changements de direction lors des doubles sauts.

Côté combats, El Shaddai se contente du strict minimum au niveau des contrôles : Carré pour porter un coup, Croix pour sauter et R1 pour parer. Des combos peuvent évidemment être réalisés en utilisant plusieurs boutons simultanément, mais l’offre reste maigre par rapport aux ténors du genre. Le jeu tente toutefois de se donner un peu d’originalité avec l’existence de trois armes aux propriétés différentes :
L’Arch : une sorte de bâton qui permet d’envoyer son ennemi en l’air afin d’enchaîner les coups, et d’allonger la distance de saut durant les phases de plateforme.
Le Gale : une arme à distance constituée de plusieurs projectiles que pouvez envoyer un à un ou tous ensembles. Elle vous permet aussi de réaliser un dash pour esquiver les menaces, mais n’offre que peu de défense lorsque vous parez.
Le Veil : ces ersatz de gants de boxe portent les coups les plus puissants mais sont aussi extrêmement lents. Ils ont l’avantage d’offrir une protection très résistante et vous permettent de détruire certains objets du décor.
Vous vous en doutez toute l’astuce du jeu consiste à utiliser la bonne arme au bon moment, chaque ennemi ayant un point faible particulier. Là où les choses deviennent amusantes, c’est que vos ennemis disposent du même arsenal, et que vous pouvez voler l’arme d’un adversaire assommé en appuyant simplement sur le bouton L1 : lorsque vous affrontez plusieurs menaces à la fois, il est donc important de songer à l’ordre dans lequel vous allez les éliminer afin d’avoir toujours en main l’arme la plus efficace.

Autre petite subtilité, vos armes sont peu à peu corrompues lorsque vous touchez vos adversaires, si bien qu’il faut régulièrement les purifier. Une manœuvre nécessaire mais dangereuse puisqu’elle vous laisse vulnérable quelques secondes sur le champ de bataille ! Accessoirement, vous découvrirez au cours de l’aventure que la purification augmente votre niveau de boost, celui-ci vous permettant une fois maximisé de déclencher une attaque particulièrement puissante. A réserver aux boss tant ceux-ci sont plus dangereux que le menu fretin de base ! A ce sujet, sachez que tomber au combat n’est pas systématiquement synonyme de game over, puisqu’un petit QTE vous donne une chance de vous remettre sur pied : la manipulation fonctionnera trois ou quatre fois au cours d’un même combat, après quoi vous devrez recommencer du dernier point de passage.Une expérience répétitivePlutôt percutant et anticonformiste dans son design, El Shaddai se révèle après quelques heures extrêmement classique voire ennuyeux dans son gameplay : les phases de plateforme et de combat ne sont pas mauvaises, mais leur manque d’originalité tranche singulièrement avec l’ambition visuelle et sonore du titre. De fait, la dizaine d’heures nécessaire à boucler l’aventure vous paraîtra tirer en longueur sur la fin, d’autant que l’effet de surprise est alors logiquement atténué.
Sachez tout de même que compléter le jeu une première fois vous permettra ensuite de rejouer chaque chapitre indépendamment, un bon moyen de récupérer les quelques objets cachés qui vous octroieront des trophées et des costumes supplémentaires pour Enoch.

• Un jeu atypique
• Les musiques envoûtantes
• Certains niveaux sont magnifiques…
• …mais d'autres sont franchement laids
• Un gameplay vite répétitif
• Peut-être trop délirant
Verdict
A trop vouloir surprendre, que ce soit par un scénario à l'inspiration peu commune ou une réalisation visuelle et sonore atypique, Ignition Entertainment a visiblement oublié qu'un jeu vidéo se juge avant tout sur son gameplay : si l'on salue comme il se doit l'audace du design polymorphe d'El Shaddai, on est en revanche moins convaincu par ses combats sans réelle profondeur et ses phases de plateformes relativement classiques, qu'elles se déroulent en 2D ou en 3D. Et le vrai problème du jeu est là : sans ses artifices délirants auxquels on finit forcément par s'habituer après quelques heures, l'expérience pad en main se révèle répétitive et sans véritable originalité.
Le Village PF

Graphismes
6 / 10Les décors sont variés mais leur design épuré voire parfois minimaliste ne plaira pas à tout le monde, un constat qui vaut aussi pour la modélisation des ennemis. Certains effets spéciaux sont tout de même splendides, et la fluidité est au rendez-vous.
Jouabilité
6 / 10Si le système de combat se révèle finalement un peu plus profond qu'on ne pouvait le penser au début du jeu, la routine s'installe trop vite, la faute à une progression répétitive malgré l'alternance entre combats et plateforme, en 2D et en 3D.
Son
8 / 10Les musiques du jeu sont aussi variées et déjantées que les graphismes, mais elles paraissent curieusement plus cohérentes. Les dialogues en anglais sont largement surjoués, une manière d'assumer le côté décalé du jeu.
Durée de vie
7 / 10Il vous faudra une dizaine d'heures pour boucler une première fois les douze chapitres du jeu, après quoi vous pourrez rejouer chacun indépendamment et débloquer divers bonus et autres trophées.
Fun
6 / 10Une fois surmonté le choc de la découverte, avec cette présentation changeante et ce design pour le moins atypique, on constate trop vite que le gameplay n'est pas à la hauteur. L'expérience devient malheureusement vite lassante.