Test de jeu / PS2 / Suikoden Tactics

- publié le 8 mars 2006
- Etat : Disponible
- Date de sortie :2006
- Développeur :Konami
- Distributeur :Konami
- Thème :Heroïc Fantasy
- Genre :RPG / Aventure
En attendant l’arrivée cet automne du cinquième volet de la série Suikoden, Konami nous propose une seconde incursion dans l’univers de Suikoden IV sous les traits d’un Tactical-RPG, genre devenu ultra populaire ces derniers mois avec le catalogue du développeur Nippon Ichi. Près à replonger dans le conflit opposant l’empire Kooluk aux Nations des Iles ?
C’est un fait, Suikoden IV n’aura pas marqué les esprits d’une grande majorité de joueurs. Techniquement limité et plutôt court, mené par un scénario sans réel relief, le titre de Konami avait néanmoins le grand mérite de venir étoffer la liste encore trop restreinte des jeux de rôle localisés dans la langue de Molière et surtout de proposer une brochette hétéroclite de personnages jouables et des combats variés et dynamiques. Ca tombe bien, c’est ce dernier point qui nous intéresse dans Suikoden Tactics, un T-RPG qui reprend justement ces deux derniers points. Succession de combats tactiques, ce nouveau jeu a aussi le mérite de proposer un nombre de personnages jouables conséquent dont certains bien connus des amateurs de Suikoden IV.Retour à Razril !En effet, alors que chaque épisode de la série se voulait indépendant (à l’instar des Final Fantasy), ce Suikoden Tactics innove en s’inscrivant directement dans le contexte des événements relatés dans Suikoden IV. L’histoire débute alors qu’un groupe d’amis se lance à la poursuite d’une créature étrange dans les rues de Razril. Dans leur périple, ils feront la connaissance de deux jeunes enfants dont l’un porte un étrange ruban rouge à son bras (ça ne vous rappelle rien ?). Après un combat acharné idéal pour apprendre les bases du gameplay, la créature livre son dernier souffle avant d’avoir pu expliquer ce qui lui était arrivé. Emmenée par Walter, la troupe poursuit alors ses investigations, à la recherche de tous renseignements ayant plus ou moins rapport avec les canons à runes, jusqu’à embarquer sur un navire à la poursuite d’un dangereux pirate. C’est alors que le malheureux Walter goûte d’un peu trop près à l’incroyable puissance des canons à rune et se voit transformer en homme poisson sans cervelle. Se précipitant, d’un air menaçant, vers Kyril, son fils, Walter est abattu par son fidèle compagnon Andarc, contraint à cet acte pour sauver la vie du jeune garçon. Traumatisé par cet événement, Kyril mettra près de trois ans à accepter la mort de son père avant de poursuivre la quête de celui-ci. S’en suivra alors de nombreux événements tournant autour des canons à rune, du conflit entre Kooluk et les Nations des Iles mais également la fameuse rune de la punition. Les aficionados de Suikoden IV ne seront pas en terre étrangère puisque l’intrigue s’inscrit directement avant, pendant et après les événements relatés par ce quatrième volet. De ce fait, le scénario conduira le jeune Kyril et ses amis à faire la connaissance de nombreux personnages rencontrés dans Suikoden IV et de constater leur évolution : Lino En Kuldes continue de régner sur le royaume d’Obel, Chiepoo a réalisé son rêve et ouvert un commerce, Adrienne est devenue un forgeron réputé, Kika et ses pirates continuent d’écumer les mers… Si l’on est satisfait de retrouver quelques têtes bien connues, il faut cependant avouer que le scénario de Suikoden Tactics reste dans la veine du quatrième volet et peine à réellement surprendre. Heureusement, ce n’est qu’un prétexte pour prendre part à des combats bien plus intéressants.Des joutes intéressantes mais sans surpriseComme n’importe quel Tactical-RPG, les cartes de Suikoden Tactics sont en fait d’immenses damiers (dont on peut ou non faire apparaître chaque case à l’écran) sur lesquels on déplace les personnages tels des pions pour venir à bout des nombreux ennemis qui hantent chaque lieu. Se jouant au tour par tour, le joueur déplace alors ses unités les unes après les autres en tenant compte de leurs spécificités en mouvement et saut, deux critères primordiaux influant sur le nombre de cases que chacun peut parcourir au sol ou en hauteur. Cependant, il ne s’agit pas seulement de déplacer ses personnages, les mouvements doivent être réfléchis. Pour cela, il faut avant chaque tour étudier la carte et prendre en considération les mouvements ennemis. En effet, pour des effets destructeurs, il est plus intéressant d’attaquer l’adversaire dans le dos ou sur les côtés plutôt que de face. Un critère que les habitués de T-RPG maîtrisent désormais sur le bout des doigts.
Cet aspect n’est pas le seul conférant un soupçon de stratégie aux joutes puisqu’à l’instar de Disgaea, chaque carte regorge d’éléments qui se déplacent en modifiant la propriété des cases. En quoi cela influence t-il le gameplay ? Et bien, chaque personnage étant associé à un élément précis (foudre, terre, eau, feu, vent), il réagira différemment lorsqu’il s’arrêtera sur une case élémentaire. Si vous êtes associés à la Terre et faites escale sur une case Terre, en plus de gagner des points de vie à la fin de chaque tour, vos capacités offensives et défensives seront décupler. A contrario, si vous décidez de conduire vos héros sur une case dont l’élément est l’opposé du votre, vous perdrez de précieux points de vie et serez affaiblis sur le plan offensif et défensif. Il est heureusement possible d’influer sur les éléments en détruisant les sources ou plus simplement en utilisant la magie des runes pour changer la propriété des cases. Si cet aspect est souvent délaissé dans les premières heures de jeu, il deviendra un élément essentiel de votre victoire à mesure que vous progresserez dans l’aventure.
Rassurez-vous, les combats ne se résument pas à attaquer bêtement les adversaires tout en prenant en compte les différents éléments sur la carte, d’autres paramètres sont à prendre en considération. Ainsi, les attaques combinées, véritable marque de fabrique de la saga Suikoden, sont bien évidemment de la partie et permettent généralement de décupler les dégâts sur un ou plusieurs ennemis. Cependant, avant de pouvoir lancer une attaque en coopération, il faudra développer les relations entre vos partenaires. Pour cela, rien de plus simple : lorsque certains personnages sont côte à côte sur la carte, un petit symbole en forme de bouche fait son apparition indiquant que l’option Discussion est disponible. C’est cette option qui permet de débloquer les attaques coopératives et augmente le bon vouloir, lequel cristallise la bonne entente entre les personnages, influant directement sur la puissance de l’attaque. De ce fait, les combats deviennent bien plus stratégiques qu’escomptés puisqu’en plus des mouvements ennemis et élémentaires, il faut analyser les possibilités de déplacement de ses propres troupes pouvant conduire à une attaque combinée, bien plus intéressante en terme de dégâts. De même, développer les relations de vos héros permet parfois d’influencer le déroulement d’un combat. Ainsi, lorsque deux personnages ont un niveau de bon vouloir élevé, les dégâts sur l’un ne seront pas sans conséquence sur l’autre. Par exemple, si l’un des deux venait à « mourir », l’autre entrerait alors dans une sorte de transe (qui se matérialise à l’écran par un petit symbole au dessus de la tête du héros et une réplique cinglante), décuplant de manière non négligeable ses forces. Au final, cet aspect permet surtout d’apporter un peu de sang neuf à des combats jusque là, certes intéressants et efficaces, mais sans réelle surprise, beaucoup moins complets que ceux que l’on trouve par exemple dans Disgaea ou Phantom Brave et surtout handicapés par une caméra qui ne permet pas de faire une rotation à 360°, nuisant parfois à la visibilité sur le champ de bataille.Un système d’évolution fidèle à la saga Qui dit (T)-RPG, sous-entend irrémédiablement gain d’expérience et évolution des personnages. Suikoden Tactics ne déroge pas à la règle et propose un système d’évolution assez classique. Comme dans Suikoden IV, chaque personnage gagne un niveau lorsqu’il atteint 1.000 points d’expérience. Contrairement à d’autres jeux de rôle, l’expérience ne se gagne pas en fin de combats mais après chaque tour des personnages. Ainsi, quelque soit les dégâts causés par un héros sur un adversaire, il empochera automatiquement un certain nombre de points d’expérience, lequel varie en fonction du niveau de l’ennemi. Si ce dernier est plus puissant que vous, le gain d’expérience se chiffrera en centaines, à contrario, ce ne sont que quelques dizaines d’unités qui entreront dans vos poches. A chaque changement de niveau, les caractéristiques vitales du personnage seront modifiées : nombre de points de vie, attaque, magie, chance, le rendant plus puissant et résistant. Chaque victoire se solde également par le gain de centaines de potchs, la monnaie locale indispensable pour l’achat d’objets et potions en tout genre, et surtout de points de compétence nécessaires pour étoffer les capacités de vos héros. En effet, il est possible de personnaliser les caractéristiques de chaque personnage en lui greffant de nouvelles capacités : contre-attaque, mouvement et attaque supplémentaire, magie etc. Chacune d’entre elle s’acquiert et se perfectionne (chaque compétence s’achète au niveau E et peut évoluer jusqu’au S) moyennant un certain nombre de points de compétence, tandis que le gain progressif de niveaux permet au héros de porter plus de nouvelles capacités simultanément. Enfin, comme les autres volets de la saga, Suikoden Tactics n’autorise toujours pas le changement d’arme pour les personnages. Pour améliorer la puissance de votre bâton, épée ou arc, il faudra impérativement faire escale chez le forgeron qui moyennant finance se fera un plaisir de perfectionner votre arme.Une durée de vie enfin à la hauteur Si Suikoden IV vous avait déçu par sa longévité excessivement courte (il fallait à peine 20 heures pour en connaître les tenants et aboutissants), ce Suikoden Tactics pourrait bien vous réconcilier avec la saga. Comprenant un total de 22 chapitres et des dizaines de batailles, le titre vous tiendra en haleine facilement une bonne trentaine d’heures. T-RPG oblige, le rythme des joutes est assez lent et il faut parfois une bonne heure avant de boucler une bataille. Pour ne rien gâcher, les quêtes annexes sont nombreuses et prennent la forme de donjons secondaires à explorer ou plus simplement de commandes à accomplir. Pour ce faire, il vous suffit de vous rendre à la confrérie des quêtes de Middleport et d’acheter la ou les quêtes que vous souhaitez remplir. Ces dernières prennent deux formes : celles dont vous vous occupez personnellement et les autres où vous envoyez l’un de vos personnages régler le problème pour vous. Enfin, découvrir la totalité des secrets et personnages du jeu ainsi qu’obtenir toutes les médailles d’or joue incontestablement en faveur de la durée de vie du titre, sans compter une difficulté parfois rebutante qui peut vous obliger à recommencer une bataille deux ou trois fois (attention à vos personnages secondaires qui, lorsqu’ils sont défaits lors d’un combat, sont mort définitivement).Esthétiquement réussi, techniquement faible Enfin, sur le plan de la réalisation, Suikoden Tactics ne trahira pas la série en proposant un design réussi mais une technique d’un autre âge. Ainsi, et c’est là aussi une marque de fabrique de la saga, les personnages bénéficient d’artworks de grande qualité lorsqu’ils s’expriment en cours de batailles ou lors des séquences de transition. De même, si l’on est invité à explorer sans cesser de nombreux villages, il est impossible de contrôler son personnage lors de ces phases, l’exploration se faisant alors en navigant à travers des menus heureusement illustrés par de somptueux artworks symbolisant les lieux. Les champs de bataille en 3D sont correctement modélisés et variés et les effets de lumière lors des sorts magiques réussis. En revanche, la modélisation en trois dimensions des personnages est totalement ratée, l’ensemble manquant singulièrement de détails et de finesse.
Les musiques d’ambiance, dont certaines issues de Suikoden IV, remplissent parfaitement leur rôle, sachant être joyeuses (lors de l’exploration des villages) ou mélancoliques (pour illustrer certaines cinématiques), tandis que les combats sont rythmés par des mélodies épiques et accrocheuses. Pour le reste, les bruitages sont discrets et les voix anglaises dans l’ensemble justes malgré quelques choix discutables.
Verdict
Au final, cette première incursion de la saga Suikoden dans l’univers du Tactical-RPG est une réussite. Malgré une réalisation technique moyenne, un scénario encore un peu juste et des combats classiques dans l’ensemble, le titre de Konami parvient à divertir, principalement par son esthétique irréprochable et sa prise en main accessible. Moins complexe, moins complet et moins prise de tête que les références du genre, Suikoden Tactics est un excellent tremplin pour s’initier au genre, malgré un challenge parfois redoutable.
Le Village PF

Graphismes
Jouabilité
Son
Durée de vie