
Difficile pour l’emblématique mascotte de Sega de s’adapter à la 3D puisque depuis sa première apparition sur Dreamcast, le supersonique hérisson bleu accumule les déceptions. Après avoir fait vibrer la corde nostalgique de nombreux joueurs en regroupant les meilleures productions 2D du hérisson, voilà que l’éditeur retombe dans ses travers en déclinant les aventures de sa mascotte dans un jeu de courses futuristes plein de bonnes intentions mais malheureusement mal exploitées…
Cette incursion dans le monde de la course n’est pas la première tentative et les inconditionnels du hérisson bleu se souviendront sans doute de la piètre performance de leur héros favori dans Sonic R sur Saturn, un titre qui offrait une réalisation graphique alléchante pour l’époque, mais une jouabilité rigide et un contenu avare en options et modes de jeu. Malgré cet échec incontestable, la Sonic Team entreprend aujourd’hui d’offrir aux joueurs un nouveau jeu de courses mettant en scène son héros charismatique. Changement d’époque oblige, le hérisson abandonne la course à pieds pour une planche de surf dans un titre qui n’est pas sans rappeler les incontournables SSX et F-Zero, la qualité en moins. Explications.


Des modes de jeu à la pelle Si l’on peut reprocher de nombreuses choses au nouveau titre de la Sonic Team, il est un point que l’on ne peut attaquer : la richesse des modes de jeu. En effet, une fois la vidéo d’introduction terminée (une sorte de dessin animé assez réussi), on se retrouve sur le menu principal, lequel regorge d’options en tout genre. Tout d’abord, c’est instinctivement que l’on se dirige vers la Course Normale autorisant le joueur à prendre part à une course libre, au contre-la-montre ou au World Grand Prix, une sorte de mini championnat. Le passage par la course unique est chaudement recommandé pour la simple et bonne raison qu’il permet de prendre en main le jeu et d’apprendre à connaître les cinq premiers tracés. Cependant, le mode principal reste le mode histoire qui oppose Sonic et ses amis à de sérieux concurrents. Tirée par les cheveux en mélangeant une civilisation légendaire, les incontournables émeraudes du chaos et l’ignoble docteur Eggman, l’histoire de Sonic Riders est surtout un prétexte pour justifier la succession des courses jusqu’à la victoire finale. En terminant une première fois ce mode dans la peau des gentils, le joueur débloquera, en plus de nouveau personnages, une histoire alternative, mettant en scène les adversaires du hérisson, et un nouveau mode de jeu constitué de diverses missions prenant pour cadre les divers circuits. Original et bien pensé, le mode Missions vous demandera de récupérer un certain nombre d’objets sur la piste dans un temps limité, de faire certaines figures ou de rattraper une voiture lancée à vive allure. Deux autres modes de jeu viennent compléter ce panier déjà bien garni : le mode survie et le mode équipe, tous deux jouables jusqu’à 4 en écran splitté. Enfin, au chapitre des options, signalons la possibilité d’échanger les anneaux ramassés sur la piste contre des planches plus puissantes auprès du magasin tenu par les chaos.


D’excellentes idées…Cependant, ce contenu alléchant, garantissant une durée de vie exemplaire au titre, n’est pas aidé par un gameplay certes original mais bancal. Jeu de glisse, Sonic Riders ne trahit pas l’héritage de la saga et promet des sensations de vitesse vertigineuses comme seule la mascotte de Sega en a le secret. De ce point de vue, le titre remplit parfaitement son contrat en offrant de surcroît une fluidité exemplaire. De même, les développeurs se sont attelés à démarquer leur production des autres jeux de courses en introduisant de nouveaux éléments de gameplay originaux. Ainsi, la planche utilise un carburant original : l’air, qu’il est impératif de maîtriser pour le bon déroulement de la course. En effet, chaque saut, attaque, utilisation du turbo ou manœuvre pour prendre correctement un virage serré, consomme une certaine quantité d’air, obligeant ainsi le joueur à vérifier constamment le niveau de sa jauge pour éviter de se retrouver à pieds et perdre ainsi énormément en vitesse. Il devient alors indispensable de récolter les anneaux sur la piste afin d’augmenter le niveau de la jauge d’air, laissant ainsi une marge de manœuvre plus importante, mais aussi et surtout d’exécuter des figures, de récolter des bonus, de passer par les pit-stops pour recharger le niveau général de la jauge, voire de tourner le joystick analogique gauche le plus rapidement possible lors des passages où le joueur perd la main. En outre, l’air peut devenir un précieux allié lorsque les concurrents viennent à vous dépasser puisque chaque planche laisse derrière elle un courant d’air que l’on peut exploiter à tout moment. Ce phénomène est très fréquent et permet de bénéficier de vitesses fulgurantes indispensables pour espérer rattraper la totalité des concurrents. Enfin, pour terminer ce chapitre des bonnes idées, signalons la gestion originale des départs qui placent le joueur dans une zone délimitée par un champ électrique où il est libre de ses mouvements alors que s’égrène le compte à rebours. De ce fait, en prenant de l’élan et en démarrant sa course au bon moment, il est possible de franchir la ligne de départ à une vitesse non négligeable tout en prenant un sérieux avantage sur les autres concurrents.


… malheureusement mal exploitées Si le titre reste alléchant sur le papier, le constat est amer dual shock en main. En effet, la prise en main est assurément le plus gros point noir du jeu. De par leur vitesse phénoménale, Sonic et ses acolytes ne se laissent pas apprivoiser facilement. La direction est lourde, handicapant la prise de chaque virage. Les développeurs ont bien essayé de contourner ce problème en instaurant une manipulation spécifique en pressant la touche R1 mais le résultat est loin d’être à la hauteur. Tout d’abord parce qu’elle requiert un timing spécifique qui, s’il n’est pas respecté, vous envoie dans le décor et deuxièmement car un énorme message masquant le plus gros de la piste vient sans cesse vous rappeler la touche à presser pour négocier le prochain virage… La gestion des figures n’est pas non plus un modèle du genre et le jeu refusera à de nombreuses reprises à exécuter les tricks malgré les pressions incessantes du joueur sur les touches de la manette. Les collisions avec l’environnement sont elle aussi ratées et il ne sera pas rare de se retrouver coincé derrière un élément du décor. Enfin, derniers reproches, la richesse des tracés qui a trop vouloir afficher d’éléments perdent beaucoup en visibilité, la gestion des courants d’air parfois aléatoire et propulsant le joueur droit dans le décor ou le vide sans que l’on puisse intervenir et surtout la difficulté globale du jeu, très vite décourageante, obligeant le joueur à s’acharner sur une course plusieurs dizaines de minutes avant de franchir la ligne d’arrivée en vainqueur.


Une réalisation coincée dans les starting blocks Sans être aussi catastrophique que le gameplay, le bilan technique se veut lui aussi assez mitigé. Les environnements graphiques tout d’abord souffrent bizarrement du trop grand nombre de détails affichés. Si l’on reproche souvent aux jeux de courses d’offrir un affichage dépouillé, Sonic Riders est malheureusement victime de la bonne volonté des développeurs. A trop vouloir en afficher, la Sonic Team a fortement handicapé le gameplay de son rejeton où priment vitesse et réflexes. C’est dommage car d’une manière générale, les différents tracés sont plutôt bien construits avec une non linéarité franchement bienvenue. Cependant, l’ensemble jouit de textures grossières alors que la modélisation des protagonistes brille par sa sobriété. Peut-être le prix à payer pour une vitesse d’animation décoiffante et une fluidité exemplaire… Enfin, la bande son ne dépaysera pas les inconditionnels des aventures 3D du hérisson bleu avec des musiques aux accents rock-techno collant à merveille à l’ambiance du titre mais des bruitages vieillots et des voix anglaises insupportables.



• le plaisir de retrouver la mascotte de Sega
• la variété et le nombre de modes de jeu
• les bonnes idées du gameplay
• la jouabilité mauvaise
• la trop grande difficulté du challenge
• la réalisation décevante
Verdict
Au final, sans atteindre la médiocrité de Shadow the Hedgehog, la Sonic Team continue sa descente aux enfers avec un jeu de courses, certes original sur de nombreux points, mais malheureusement mal calibré pour séduire les joueurs. La profusion des modes de jeu et les quelques idées de gameplay inédites ne suffisent pas à rendre ce titre attrayant, la faute à une réalisation graphique, technique et sonore moyenne et surtout à une prise en main calamiteuse. Il ne reste plus qu’à prier pour que le passage aux consoles nouvelle génération soit bénéfique aux prochaines aventures du hérisson bleu. Les légendes ne meurent jamais, dit-on, pourtant la mascotte de Sega a déjà plus d’un pied dans la tombe…

A partir de 9.9 €
Graphismes
6 / 10Des environnements graphiques variés mais surchargés en détails et des textures souvent grossières.
Jouabilité
5 / 10Des musiques rock-techno qui assurent l’ambiance mais des doublages anglais agaçants.
Son
6 / 10D’excellentes idées de gameplay mais un contrôle imprécis et une visibilité handicapée par la surcharge visuelle ou la caméra.
Durée de vie
5 / 10Malgré la profusion des modes de jeu, la jouabilité et l’extrême difficulté du titre ont raison de la patience du joueur.
Fun
5 / 10La joie de retrouver Sonic s’efface très vite devant la profusion de défauts souvent impardonnables.