
On est dans le pétrin ! Un OVNI (Objet Vidéoludique Non Identifié) vient de débarquer à la Rédaction et il provoque l’enthousiasme comme le dégoût. Conçu comme un jeu différent, Killer 7 vient d’arriver sur PS2 et le moins que l’on puisse dire est qu’il est vraiment original. Un hit ? Pas pour tout le monde !Différent !Annoncé sur PlayStation 2 depuis la fin du moins de Janvier 2004, Killer 7 a depuis suscité la plus grande curiosité chez les joueurs du monde entier. Si son style graphique a rapidement été dévoilé grâce à de nombreux screenshots, son gameplay est resté mystérieux pendant longtemps, et ce n’est vraiment qu’une fois le pad en main que l’on se rend compte de l’audace de Capcom.
A peine la galette insérée dans la console, deux menus se succèdent à l’écran. Rien de bien original puisqu’il s’agit d’abord de choisir sa langue puis sa fréquence de rafraîchissement (50 ou 60Hz). En revanche, l’esthétisme étrange du titre apparaît déjà : ces menus sont minimalistes (fond noir, fonte grise) et curieux (la casse des caractères varie sans logique apparente !). Les logos des différents acteurs de la création de Killer 7 apparaissent ensuite et se voient teintés de rouge en même temps qu’un coup de feu et un rire inquiétant retentissent. On se retrouve alors sur le menu principal du jeu qui fait lui aussi preuve d’une sobriété étonnante, avec une fonte gothique.
Dérouté par une présentation si peu engageante a priori, on hésite presque à démarrer une partie. Une fois le pas franchi, deux modes de difficulté sont proposés : le mode Normal prodiguera des conseils tout au long du jeu afin de faciliter la progression, alors que le mode Mortel sera bien moins dirigiste et proposera des combats plus difficiles. Vient ensuite l’écran de sélection de mission (avec évidemment une seule possibilité au départ !) puis une phase intermédiaire présentant une silhouette sur laquelle il faut tirer afin de réellement commencer le jeu. Vous avez dit étrange ?La surprise !On a beau avoir vu des tonnes d’images tirées du jeu durant ses mois de développement, on reste surpris par son premier véritable contact avec Killer 7 : la mission débute par l’arrivée d’un homme, Garcian Smith, dans un building quelconque. Présentée grâce au moteur du jeu, l’introduction nous plonge directement au cœur d’un environnement utilisant un cell-shading très contrasté offrant fort peu de nuances pour un tel procédé : les contours sont nets et la palette de couleur est très réduite, donnant au design général un aspect relativement dur. En revanche, l’animation de Garcian est parfaitement fluide et la mise en scène très cinématographique couplée au style graphique original incite à vouloir se plonger plus au cœur du jeu.
Puisque nous venons d’aborder le côté graphique de Killer 7, autant faire le tour du sujet immédiatement : ces premières impressions ressenties lors de l’introduction se confirment tout au long du jeu. Les différents personnages et ennemis rencontrés sont tous animés de belle manière mais tous évoluent dans des décors volontairement dépouillés mais non dénués de charme. Il faut bien l’admettre, cette décision de Capcom en terme de design rebutera probablement de nombreux joueurs, peu enclins à subir un style si spécial.Le choc !! A peine a-t-on le temps de s’habituer à l’apparence de Killer 7 qu’il est temps de saisir le pad et de subir un choc encore plus important : celui de la jouabilité ! Celle-ci est en effet extrêmement osée tant elle est simple et inattendue. Le personnage que l’on dirige n’a que deux possibilités pour bouger dans son environnement : avancer ou reculer. Chaque mission est en fait découpée en tronçons que l’on parcourt comme on un train sur un rail. A tout moment, il est possible de se retourner ou de passer en vue subjective mais il n’est nullement question d’aller là où bon nous semble. Bien entendu, il existe des embranchements aux extrémités des tronçons mais le choix est rarement plus important que deux ou trois possibilités.
Alors que l’on évolue à l’intérieur du niveau, il arrive qu’un rire effrayant se fasse entendre. Il faut alors stopper net, passer en vue subjective grâce à la touche R1 puis scanner les environs avec L1. On découvre alors une ou plusieurs créatures appelées Heaven Smiles. Afin de ne pas trop en dire sur le scénario, nous nous contenterons de préciser que ces monstres sont à la solde de votre véritable ennemi après lequel vous courez tout au long du jeu.
Les Smiles sont déclinés en plusieurs variétés : certains avancent lentement vers vous en marchant alors que d’autres s’approchent en courant et zigzagant. Des plus retors encore démarrent au plafond pour ensuite se laisser tomber et foncer dans votre direction. Vous aurez aussi à affronter des Smiles encore plus puissants faisant office de boss à chaque fin de niveau. Pourquoi cette obstination à vouloir vous toucher ? Tout simplement parce qu’au moindre contact, les Smiles explosent et vous causent des dégâts plus ou moins importants. Bien entendu, vous pouvez vous défendre et utiliser votre arme pour éviter que les Smiles n’atteignent leur objectif ! S’il est possible de les tuer en tirant plusieurs fois dessus, la meilleure solution est de localiser leur point faible, symbolisé par une zone jaune sur le corps : une balle logée à cet endroit et le Smile explose en centaines de particules.Du sang !! Une fois détruit, le Smile libère un flot de sang qui peut être soit fluide, soit épais. Le premier type de sang sert à redonner de la santé à votre personnage lorsque celui-ci est proche de la mort. On note ici encore la volonté des développeurs de distinguer leur jeu de la masse vidéoludique : la jauge d’énergie habituelle est ici remplacée par un œil qui se referme lorsque des dégâts sont causés. Si l’œil se ferme, c’est la mort assurée (enfin presque mais nous y reviendrons plus tard !).
Le second type de sang peut être utilisé pour améliorer les caractéristiques de votre personnage : celles-ci ont cinq niveaux, et il faudra de plus en plus de sang épais pour monter de niveau. Autant dire qu’il faudra venir à bout de très nombreux Smiles pour que chacun de vos personnages soit au maximum de ses possibilités. Plusieurs personnages ? Effectivement ! Car nous gardions le meilleur pour la fin : le scénario de Killer 7 est lui aussi torturé !Les Smith !!! Nous en parlions au début de ce test, l’introduction du jeu nous présente Garcian Smith. Une fois celui-ci arrivé dans le building précédemment mentionné, il se change sous l’œil inquisiteur d’une caméra en un nouveau personnage, Dan Smith !
Avant de vous présenter les 7 personnages jouables de l’aventure (un 8ème est disponible après avoir terminé le jeu une première fois), il convient d’expliquer très brièvement ce qu’est Killer 7 dans le jeu. Il s’agit d’un groupe de tueurs apparemment dirigé par Harman Smith, un vieil homme en fauteuil roulant qui, vous le constaterez en cours de jeu, ne manque pas de ressources. Harman donne directement ses ordres à Garcian Smith qui coordonne ensuite les actions de Dan Smith, Kaede Smith, Con Smith, Coyote Smith, Kevin Smith et Mask de Smith.
En cours de partie, il est possible à tout moment de passer d’un Smith à l’autre par simple utilisation d’un menu, afin de profiter des capacités de chacun. Dan par exemple, a la meilleure puissance de feu. Kaede utilise un pistolet muni d’une lunette très utile pour sniper et peut s’ouvrir les veines afin d’ouvrir certains passages du jeu. Con est très rapide et ses deux pistolets lui permettent de tirer rapidement sans recharger trop souvent. Coyote est capable de forcer toutes les serrures et saute aussi très haut, lui permettant d’atteindre des endroits a priori inaccessibles. Kevin a la possibilité de devenir invisible, ce qui lui donne l’avantage de traverser les niveaux sans être repérés par les Smiles. Mask est la brute du groupe, armé de ses deux lance-grenades très efficaces mais diablement longs à recharger. Enfin, Garcian est le nettoyeur de l’équipe : si l’un des autres Smith vient à mourir, vous prenez automatiquement le rôle de Garcian qui devra alors retrouver la dépouille de son collègue afin de le ressusciter !Une progression aisée Etrangement, chaque niveau de Killer 7 propose une carte sur laquelle chaque endroit important est signalé par une icône. La plupart du temps, il s’agira d’utiliser le bon personnage ou bien un objet spécifique au bon endroit pour pouvoir progresser. Le problème est que les icônes en question expliquent clairement comment résoudre ses petites énigmes ! Si Kaede doit s’ouvrir les veines à un endroit, c’est son visage qui s’affichera comme icône. De même, si vous devez utiliser un anneau de feu, c’est lui que vous verrez sur la carte ! Bien sûr le joueur averti pourra décider de ne pas consulter la carte mais il faut avouer que sa présence et la quantité d’information qu’elle fournit sont assez surprenantes.
En outre, si vous êtes bloqué sur une énigme spécifique du jeu, un personnage nommé Yoon-Hyun pourra vous venir en aide, moyennant une certaine quantité de sang. Soyons clairs : nous vous conseillons d’éviter d’avoir recours à lui si vous ne voulez pas terminer le jeu en quatre petites heures ! Car c’est là l’un des défauts de Killer 7 : même en butant sur quelques énigmes et sur quelques-uns des boss du jeu, sa durée de vie n’excède pas une toute petite dizaine d’heures. Si vous souhaitez que l’aventure dure plus longtemps, n’hésitez pas à démarrer en mode mortel afin de ne pas avoir trop d’indices !Côté sonore ?Alors que nous avons déjà abordé l’aspect graphique de Killer 7, il est temps d’évoquer l’environnement sonore du jeu. Evidemment la bande son du jeu suit la tendance générale et est elle aussi plutôt étrange : les personnages parlent la plupart du temps en anglais (les sous-titres peuvent être mis en français !) mais certains d’entre eux s’expriment dans un charabia incompréhensible. Une façon de gagner de la place sur le DVD ?
Durant les phases de jeu, les bruitages sont réduits au strict minimum : quelques bruitages d’ambiance, les rires des Smiles et les détonations de vos armes sont les seuls sons qui sortent de vos enceintes. A l’approche d’un boss, une musique plutôt entraînante se fait entendre et fait monter la pression jusqu’à l’affrontement. Le dépouillement apparent de l’environnement se manifeste finalement aussi bien graphiquement que musicalement.
Pour terminer, il convient de souligner l’un des véritables défauts du jeu pour ceux qui accrocheront au concept : les temps de chargement. Le passage d’un tronçon du niveau à un autre occasionne en effet une pause certes de seulement cinq secondes environ, mais lorsqu’on traverse un niveau avec Garcian pour aller récupérer la dépouille d’un autre Smith, l’accumulation de ces mini-chargements finit par lasser terriblement. Néanmoins, soyons honnêtes : ce désagrément ne nuit jamais à l’envie de progresser !
Verdict
Killer 7 était annoncé par Capcom comme atypique et il aura fallu attendre de pouvoir y jouer pour comprendre que, pour une fois, il ne s’agissait pas de hype. Bien sûr, un tel titre profite de la curiosité qu’il éveille mais souffre aussi du rejet de certains joueurs qui ne peuvent accrocher au concept, que ce soit dans la présentation ou dans le gameplay.
Loin de nous l’idée de prétendre que ceux qui n’apprécient pas Killer 7 n’ont rien compris. De même, nous ne sommes pas convaincus qu’il faille déjà le considérer comme un jeu mythique. En revanche, nous avons été séduits par cette approche différente et envoûtante du jeu vidéo.
Si vous décidez de l’essayer et n’êtes pas convaincu par vos premières minutes de jeu, tenez au moins jusqu’à la fin de la première mission afin de pouvoir vous forger une opinion avisée. Au nom d’Harman !

Graphismes
Jouabilité
Son
Durée de vie