
En proposant un jeu de méchas aux possibilités variées mais dont le contexte résolument futuriste est si fouillé qu’il en devient confus, Konami manque avec S.L.A.I. une occasion de combler le grand public fan de géants d’acier. Les joueurs les plus tenaces découvriront toutefois une expérience intéressante quoiqu’un peu trop ardue.Un scénario confusL’action se déroule en l’an 2071, époque à laquelle le sport le plus répandu consiste à contrôler via le web des robots qui combattent dans des arènes disséminées dans sept villes du monde : Hong Kong, Tokyo, Las Vegas, New York, Londres, Stuttgart et Le Caire. Ce sport, appelé rumbling, est géré par la Federation of International Rumbling Association, plus communément surnommée FIRA. Les robots utilisés dans ces compétitions sont appelés des SV et sont tous dérivés d’un prototype militaire baptisé Soldier Boy mis au point en 2012. Leurs pilotes sont surnommés les Wire-heads et ces derniers achètent, vendent, assemblent et contrôlent leurs machines au travers du Hyper Advanced Virtual Environment Network ou HAVEN.
Arrivés à ce stade de la description du jeu, vous avez certainement déjà une indigestion de termes techniques et autres acronymes de geeks. Malheureusement pour vous, ce n’est qu’un début : en voulant créer un véritable univers dans lequel immerger le joueur, les développeurs de Steel Lancer Arena International ont systématiquement recouru à des néologismes ou autres abréviations qui rendent au final leur production excessivement hermétique. Rassurez-vous tout de même : en grattant un peu cette surface rugueuse, on trouve un titre intéressant qui propose des combats de méchas rythmés et ajoute quelques éléments de RPG bienvenus.Un challenge relevéChaque ville propose des matchs divisés en quatre classes (de A à D, du plus difficile au plus facile), chacune offrant un combat de jour et un combat de nuit, pour un total de huit matchs par ville. Tous les combats se déroulent de la même façon : votre SV entre dans une arène déjà occupée par d’autres robots et il doit détruire tous les adversaires présents. Quatre robots se trouvent généralement dans la zone au même moment, et chaque ennemi éliminé laisse la place à un autre concurrent.
Lorsque vous avez éliminé tous ces adversaires « classiques », le boss du match fait son entrée. Si vous parvenez à le battre, vous devenez le tenant du titre de ce match. Votre but sera bien entendu de remporter tous les matchs de chaque classe afin de prétendre vous mesurer aux trois meilleurs Rankers mondiaux et devenir le numéro un. Notons que, pour pimenter le tout, certains SV hors normes apparaissent de temps en temps au cours d’un match : surnommés Crashers, ceux-ci sont suréquipés et peuvent détruire n’importe quel robot classique en quelques secondes…
Le nombre d’adversaires à éliminer étant parfois assez conséquent, il est difficile voire impossible de remporter un match d’une seule traite, surtout si un Crasher se joint à la fête ! S.L.A.I. contourne le problème d’une manière assez judicieuse : à tout moment durant un combat vous pouvez rejoindre l’une des portes de l’arène afin de la quitter. Il vous est alors possible de procéder à des réparations sur votre SV puis de revenir dans le même match à une date ultérieure (il existe un calendrier des épreuves pour chaque ville) afin de terminer votre œuvre : les ennemis que vous aviez déjà éliminés sont mémorisés d’un match à l’autre et il vous suffit alors de détruire ceux qui vous manquaient pour que le boss daigne se présenter.
Cette possibilité de fuir le combat est d’ailleurs extrêmement déroutante au départ puisque, même si les Knockers, vos guides au sein de HAVEN (on vous avait prévenu, les néologismes abondent !), vous font remarquer au tout début du jeu qu’il vaut mieux s’échapper que mourir, le joueur débutant aura tendance à essayer de se débarrasser d’un maximum d’ennemis en un seul match. Ce n’est qu’après avoir perdu tous ses crypto-crédits en étant détruit sur le champ de bataille (les réparations coûtent fort cher !) qu’il comprendra qu’une autre tactique doit être utilisée.
Pour terminer sur le déroulement des matchs, sachez que vos adversaires, boss y compris, peuvent eux aussi décider de quitter l’aire de jeu lorsque les dommages encaissés leur paraissent trop importants : il faut donc toujours veiller à achever sa cible si l’on ne veut pas la revoir au top de sa forme plus tard dans le match !Des paramètres à foisonVous l’aurez compris à la lecture du paragraphe précédent, l’argent est le moteur du rumbling. Le manuel du jeu indique d’ailleurs que les matchs sont retransmis dans le monde entier en haute définition… Quid des droits payés à la FIRA ? Nul ne le sait !
Au début de votre carrière, vous disposez de 180.000 crypto-crédits qui vous permettront d’acheter votre premier SV et de l’équiper d’une puce intelligente qui augmentera votre précision, votre vitesse, ou d’autres paramètres du robot. Cette puce a une durée de vie limitée et même en la faisant réparer après chaque combat, il faudra régulièrement en changer et penser à transférer les données de l’ancienne sur la nouvelle pour continuer votre progression. En effet, si votre SV dispose d’une petite dizaine de paramètres, la puce en compte au moins autant et sa progression dicte celle du robot.
Bien entendu, si vous sortez vivant de vos matchs (que vous ayez battu le boss ou non !) vous gagnerez d’autres crédits que vous pourrez dépenser directement en nouvelles pièces pour votre SV. Celui-ci est composé de 6 éléments à savoir son corps, ses jambes (un seul module), ses bras (modules droit et gauche) et ses épaules (modules droit et gauche). Vous pouvez aussi acheter des modules optionnels qui accroîtront telle ou telle faculté de votre robot. Chaque module peut être remplacé mais il faudra veiller à respecter la marque de votre SV (il y en a cinq en tout) lorsque vous lui achetez des accessoires. Il est par exemple impossible de monter des jambes destinées à un SV Proton sur un SV Carro. Le choix de modules pour chaque marque est relativement important et vous pourrez ainsi tester diverses combinaisons pour peu que vous deveniez fortuné.
Les joueurs les plus riches pourront même acheter plusieurs SV et les stocker dans leur hangar. Si celui-ci est au départ limité en taille (vous n’y ferez tenir que 3 SV), il sera une fois de plus possible d’acheter des espaces plus grands grâce aux sacro-saints crypto-crédits.Un contrôle inhabituelUne fois un match lancé, le joueur réalise rapidement qu’il lui faudra maîtriser les commandes de son SV s’il espère progresser dans le classement mondial des Wire-heads. Dans la configuration par défaut, le stick gauche sert à déplacer le robot alors que le stick droit est utilisé pour viser, comme dans un FPS classique. Un mode de contrôle avancé permet de rendre la visée totalement indépendante de la direction du robot mais nos essais avec ce paramètre n’ont pas été des plus concluants !
Quel que soit votre option quant à la visée, les touches L2 et R2 activent respectivement les armes des bras gauche et droit alors que L1 et R1 activent celles des épaules gauche et droite. Le SV peut effectuer un saut grâce à la croix et peut retomber lourdement au sol une fois en l’air avec le même bouton. Carré et Rond sont utilisés pour effectuer des déplacements latéraux rapides à gauche et à droite (pratique pour éviter les missiles !) et Triangle active le camouflage optique qui rend le SV invisible et pourrait vous sauver la vie si vous êtes verrouillé par un ennemi. Attention toutefois : vos adversaires peuvent eux aussi être équipés d’un tel dispositif !
Dans l’ensemble, les SV répondent plutôt bien aux commandes du joueur mais il faut avouer que l’activation du camouflage n’est pas évidente lorsque les deux mains sont déjà occupées à diriger le robot et à activer les quatre armes disponibles. C’est certainement pour cette raison que les développeurs ont pensé à intégrer une activation automatique du camouflage optique dans les options !Une réalisation décevanteSi vous parvenez à accrocher à l’univers proposé par S.L.A.I. malgré sa complexité et que vous acceptez de devoir disputer un même match de nombreuses fois pour devenir le boss, il vous faudra encore faire une concession pour apprécier pleinement le jeu : sa réalisation est en effet loin du standard attendu de nos jours sur PS2.
Avant d’aborder les phases de jeu à proprement parler, signalons que le menu du jeu via lequel vous préparez vos matchs est lui aussi réalisé entièrement en 3D. Plutôt simpliste, la modélisation n’est pas sans rappeler la patte graphique du film Tron avec des objets en 3D filaire et d’autres Wire-heads se déplaçant sous la forme de personnages schématisés.
Mais revenons-en aux combats qui se déroulent dans des arènes apparaissant d’emblée comme excessivement petites. Malgré les quelques zones plus ou moins cachées dans chacune d’entre elles, vous finirez toujours par adopter la même tactique si vous ne voulez pas être attaqué par surprise : vous parcourrez les grands axes de la surface de jeu à la recherche de vos adversaires et tenterez d’en achever un dès que vous l’aurez repéré.
Outre leur problème de taille, les arènes semblent aussi avoir été modélisées à la hache : trop cubiques, elles manquent singulièrement d’arrondis. Elles sont de plus décorées par des textures trop grossières et, cerise sur le gâteau, les effets spéciaux tels que les explosions ou le camouflage optique sont loin d’être convaincants…
Restent des robots agréablement modélisés dont l’apparence (peinture, stickers, …) est personnalisable (il faudra tout de même encore passer à la caisse !). Leur animation est elle plutôt réussie même si les attaques au corps à corps manquent cruellement de détail : sans réclamer la diversité d’un Devil May Cry ou d’un God of War, on aurait aimé que ces actions soient un peu plus vivantes.
Côté sonore, le constat n’est guère plus glorieux avec des musiques peu entraînantes dont la plupart devront être achetées en magasin et des bruitages tout ce qu’il y a de plus banal.En bonusOutre le mode scénarisé dont nous avons parlé jusqu’ici, S.L.A.I. propose aussi un mode Quick Battle qui permet de se lancer rapidement dans un match, un mode Versus qui laisse deux personnes s’affronter en écran splitté et un mode Reseau via lequel il est possible à six joueurs de combattre grâce à l’adaptateur réseau. Notons toutefois que seuls quatre joueurs sont vraiment présents dans l’arène simultanément : les deux autres doivent se cantonner au rôle de spectateur jusqu’à ce que l’un des quatre autres combattants soit détruit. Dommage…
Signalons enfin pour être totalement exhaustifs que S.L.A.I. propose un switch 50/60Hz et un son en Dolby Prologic II mais qu’aucune option n’est disponible pour les possesseurs d’écran 16/9.
Verdict
Steel Lancer Arena International aurait vraiment gagné à être un peu moins complexe afin qu’il puisse toucher le plus grand nombre. Certes, des graphismes de qualité ou une bande sonore plus percutante auraient aussi été les bienvenus mais, en l’état, c’est surtout l’hermétisme du scénario et la difficulté du jeu qui rebuteront les néophytes.
Les fans de jeu de méchas qui cherchent un titre fouillé aux possibilités multiples devraient toutefois s’intéresser de près à cette production, même s’il faut les mettre en garde sur la répétitivité qui gagne peu à peu : la difficulté étant élevée, il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour remporter un match et terminer le jeu à 100% relève ainsi du véritable défi !

Graphismes
Jouabilité
Son
Durée de vie