
Driv3r
publié le 25 juin 2004- Etat : Disponible
- Développeur :Reflections
- Distributeur :Infogrames Entertainment
- Thème :Automobile
- Genre :Action / Aventure
- 22/06/2004
- 2004
- inconnue
Après s’être fait connaître avec la série Destruction Derby, Reflection acquiert ses lettres de noblesse avec Driver, sorti en 1999. Fortement marqué par les années 80, ce jeu de courses poursuites avait fait sensation sur PsOne grâce à son gameplay musclé et son originalité. Un an après une suite voyait le jour et si le fun répondait toujours présent, la technique laissait clairement à désirer. Après quatre années d’absence et un changement de machine, Tanner est de retour pour de nouvelles aventures qui, il faut bien l’avouer, s’avèrent plutôt décevantes…
Si sur PsOne, la série Driver ne souffrait d’aucune concurrence, il en va tout autrement sur PS2 où la saga GTA écrase tous ses adversaires. Certes les deux séries ne jouent pas dans la même cour mais il n’est pas envisageable de penser à l’un sans penser à l’autre tant les deux jeux disposent de nombreux points communs : l’ambiance mafieuse, les villes immenses, les phases à pieds, les différents véhicules à piloter… Malheureusement pour le titre de Reflection, la série de Rockstar a instauré un tel degré de qualité qu’il est difficile pour Driv3r de tenir la comparaison.
Dans ce troisième opus, le joueur incarne de nouveau Tanner. Le scénario débute par une fusillade musclée en plein cœur d’Istanbul où notre héros sera mortellement blessé. Le jeu prendra alors la forme d’un immense flash-back qui nous conduira six mois dans le passé afin de comprendre dans quelles circonstances notre homme a trouvé la mort. Tanner est un agent du FBI qui a derrière lui de nombreuses missions d’infiltration des réseaux mafieux ainsi qu’un palmarès impressionnant de malfrats ayant trouvé la mort. Cette nouvelle aventure débute à Miami (que l’on connaît maintenant assez bien après le premier Driver ou encore GTA Vice City) où se déroule un immense trafic de voitures en direction du Moyen-Orient. Courageux, Tanner n’hésite pas à infiltrer le mouvement South Beach, responsable des larcins, et gagnera peu à peu la confiance de Carlita, chef redoutable et redouté du groupe. Après quelques missions de routine, principalement pour montrer sa bonne foi, notre homme fera partie intégrante de South Beach et sera amené à découvrir, en plus de Miami, les villes de Nice et un peu plus tard Istanbul. Trois villes, trois théâtres de jeu différents prétextes à des fusillades, courses-poursuites et autres assassinats ciblés.
Si les missions de Driv3r ne brillent pas toujours par leur originalité, on ne peut néanmoins pas leur reprocher leur diversité. Comme annoncé pour les développeurs, le jeu se déroule à 75% au volant d’un véhicule et à 25% à pied. Les missions tiennent donc compte de cette configuration et certaines d’entres elles débutées à pieds se termineront en voiture et inversement. D’une manière générale, Driv3r nous offre des situations comme nous sommes en droit d’en attendre d’un tel jeu. Les courses-poursuites répondent toujours présent mais se voient accompagnées de nombreuses phases plus originales. Il s’agira par exemple de faire le ménage dans un hôtel afin de retrouver un véhicule, de venir en aide à un personnage mal en point et de l’escorter en lieu sûr, de poursuivre en filature une bande de malfrats, de saccager un bar ou encore d’assassiner un certain personnage (ce qui peut donner lieu à des séquences originales où les poursuites se déroulent sur la mer, par exemple). Bref, impossible de remettre en cause la diversité du titre.
Malheureusement le tableau n’est pas parfait et la progression souffre d’un énorme défaut : son aspect prévisible. Certes le jeu n’est pas d’une difficulté insurmontable, mais chaque mission se doit d’être connue sur le bout des doigts afin d’être parfaitement réalisée. Si au début on ne rechigne pas à recommencer à maintes reprises une mission, à la longue, le jeu lasse et énerve. On reproduit alors chacun de nos gestes sans réfléchir et l’implication du joueur après plusieurs essais en prend un sérieux coup. On peut donc résumer sommairement Driv3r comme suit : première approche, on découvre l’itinéraire, on localise ensuite les ennemis et on fait ainsi jusqu’à la fin de la mission en avançant à tâtons…
Cette approche archaïque n’aurait pas été aussi décourageante si le gameplay du jeu se montrait à la hauteur. Malheureusement, le titre de Reflection est bien loin de tenir ses promesses de ce point de vue là. Au volant d’une voiture ou d’une moto, jouer est un véritable plaisir. Les bolides répondent au doigt et à l’œil et se manipulent, après quelques minutes d’apprentissage, aisément. On oublie d’ailleurs par moment notre objectif pour flâner dans les rues de Miami, Nice ou Istanbul juste pour le plaisir et les sensation ressenties. La vitesse est bien retranscrite et les modèles physiques criant de vérité. Chez Reflection on adore les voitures et ça se voit, Driv3r prend alors la forme d’un très bel hommage aux engins à quatre roues. Cependant le tableau est loin d’être idyllique et après quelques heures de jeu des défauts en apparence minimes agacent. On peut par exemple citer l’Intelligence Artificielle tout simplement désastreuse qu ce soit pour les passants (à pieds ou au volant) ou les intervenants de chaque mission. Prenons l’exemple d’une mission où il faut voler trois voitures et les cacher dans un camion en marche. Il se peut qu’un passant en moto se glisse entre vous et le camion et au lieu de changer de voie, il entrera à votre place dans le camion. Impossible alors pour vous d’entrer et de boucler la mission, il faut alors recommencer. Les policiers ne sont pas exempts de défauts et il ne sera pas rare de les voir s’encastrer dans un pylône, un arbre ou n’importe quel autre élément gênant sur le bas-côté.
Dans le même genre on peut citer une situation comique loin d’être voulue par les développeurs (enfin je l’espère) : lors d’une certaine mission où l’on devait semer des poursuivants, il suffisait de s’arrêter, de sortir du véhicule et de canarder les bandits, ces derniers se contentant de simples allers-retours sur eux-même. Plusieurs chargeurs vidés plus lion, leur véhicule explose et vous voilà tranquille pour terminer votre mission. Avouez que ça fait désordre ! Mais ce n’est pas tout, le jeu est aussi extrêmement buggué et certains choix sont plus que discutables. Le jeu se veut réaliste mais comment ne pas pester devant une voiture lancée à 200 Kilomètres heure et qui est arrêtée net par un simple pylône ou feu rouge…Même un semi-remorque se trouvera bloqué par ce minuscule élément. Mouais…
Cependant, ce n’est pas tout puisque les phases à pied se révèlent encore plus irritantes à jouer. On serait même tenté de saluer les développeurs qui ont eu l’excellente idée de ne consacrer qu’un quart de leur jeu pour ses phases (c’est déjà trop). Premièrement Tanner se dirige bizarrement, la jouabilité n’a rien d’ergonomique et n’est pas instinctive pour un sou. Si l’on fait avancer le personnage avec le stick gauche, on est obligé d’utiliser le stick droit pour changer de direction, tel un FPS.Si on s’y fait avec de l’acharnement, les angles de caméra totalement à la rue lors des phases en intérieur finiront par nous achever. Il est impossible de jouer à Driv3r sans s’énerver à un moment ou à un autre. Le personnage se caractérise également par ses déplacements lents et ses animations complètement ratées à peine dignes d’une PsOne. Là aussi, ce n’est pas l’IA désastreuse qui sauvera les meubles. C’est bien simple, les ennemis n’ont aucune intelligence, ils restent plantés devant nous à attendre qu’on les tue, reste bloqués dans le décor ou tout simplement tournent en rond (syndrome Tomb Raider). Difficile de pardonner ce genre de défaut après s’être éclaté sur les deux GTA sauce PS2.
Sur le plan technique Driv3r n’est pas plus brillant. Graphiquement tout d’abord le jeu est bien trop inégal. Les villes sont, et il faut bien reconnaître que c’est là une des qualités du jeu, immenses et représentent un terrain de jeu gigantesque. Malheureusement, les rues sont désespérément vides. Le trafic n’est jamais dense (ce ne sont pourtant pas des villages mais des métropoles de plusieurs milliers d’habitants) et les piétons se comptent sur les doigts d’une main. Il faut néanmoins reconnaître que les villes sont plutôt bien modélisées et variées. Malgré des textures loin d’être transcendantes, le jeu est visuellement plaisant à regarder. On saluera à ce propos les effets de lumières réussis qui selon le moment de la journée donne un cachet bien particulier aux environnements. En revanche, les ombres, carrées, sont totalement loupées, tout comme les personnages à la modélisation parfois hésitantes. Cependant, le plus gros défaut d’ordre graphique est bien sûr l’aliasing atroce et les scintillements qui vont avec. A certains endroits, on se croirait tout simplement revenu sur PsOne avec ses effets d’escaliers tellement énormes que l’on croirait fait exprès ! Les véhicules sont en revanche plutôt bien modélisés mais sont bouffés par ce fichu aliasing. L’animation n’est pas non plus un modèle dans le genre. Les personnages bougent bizarrement et le framerate à bien du mal à tenir la route. La seule chose irréprochable sur le plan graphique sont les cinématiques en images de synthèse qui sont plutôt classes et réussies.
La réalisation sonore est en revanche irréprochable. S’il est bien un domaine dans lequel Driv3r est inattaquable, c’est bien celui-là. Les voix françaises ne sont pas toujours du meilleur goût mais les acteurs jouent chaque scène avec conviction. Les musiques sont excellentes et les bruitages passent de l’excellent au médiocre. On appréciera beaucoup les bruits moteurs des différentes voitures, un peu moins le bruit de tondeuse des motos.
Enfin la durée de vie est plutôt courte, le mode Undercover n’est pas bien long. Il ne faudra qu’une dizaine d’heures pour en voir le bout. La progression n’est jamais difficile et une fois que l’on comprend comment procéder (on avance, on meurt, on recommence, on progresse …), aucune mission ne nous résiste bien longtemps, mais est-ce réellement le but ? A cela, on pourra s’adonner à une conduite libre dans les rues de Miami, Nice ou Istanbul au volant de n‘importe quel véhicule, à n’importe quel moment de la journée (aube, jour, crépuscule, nuit) et aux conditions météo de notre choix (soleil, pluie ou gris). Autant dire que ce mode de jeu n’offre aucun intérêt passé le cap de la découverte. On se rabattra alors sur les mini-jeux pour passer un peu plus de temps sur le titre et justifier les 60 euros déboursés préalablement.
Verdict
Très attendues et repoussées à de nombreuses reprises, les nouvelles aventures de Tanner se veulent décevantes. Avec son gameplay qui n’a pas évolué depuis la PsOne, sa technique désastreuse, ses nombreux bugs et ses phases à pieds catastrophiques, on peut dire que Reflection est passé un peu à côté de son sujet. Cependant, pour les plus persévérants, le charme opère et on retrouve cette ambiance si particulière qui nous pousse à toujours progresser malgré les défauts. Driv3r n’est pas catastrophique mais il est bien loin de tenir ses promesses. LA déception de ce premier semestre 2004…

A partir de 6.9 €
Graphismes
Jouabilité
Son
Durée de vie