Spécial PS3

Bioshock Infinite - Premier contact

Bioshock Infinite - Premier contact

Après plusieurs mois passés dans l'ombre (à moins que ce ne soit caché au-dessus des nuages) Bioshock a fêté son retour avec un trailer stratosphérique. De l'action grandiose et des décors aériens dans tous les sens du terme, voilà déjà deux éléments séduisants. Mais malgré cette façade aguicheuse, le fan de la première heure ne manquera pas de poser l'inévitable question : Bioshock Infinite est-il le fils spirituel de Bioshock ou bien le FPS d'Irrationnal Games utilise-t-il simplement ce nom illustre pour mieux se vendre auprès des joueurs ? Pour dissiper les doutes 2K Games nous a conviés à une longue séance d'essai de plusieurs heures, voici donc nos premières impressions.

La machine à voyager dans le temps

Bercé par la houle, vous êtes assis à l'arrière d'une barque en pleine mer. La tempête fouette votre visage et la pluie vous permet tout juste de distinguer un couple en cirés jaunes qui discute devant vous. L'homme manie les rames tandis que la femme vous tourne le dos. Dans la tourmente on ne perçoit que quelques bribes de leur conversation mais une chose se dégage, vous êtes embauché pour leur ramener une jeune fille actuellement prisonnière dans la cité de Columbia. La fragile embarcation accoste contre un ponton en bois et vous vous dirigez vers un phare à l’allure familière. Cette séquence rappelle volontairement l'introduction de Bioshock mais à la différence du chemin que le joueur empruntait alors, vous allez ici gravir les escaliers de l'édifice jusqu'à vous retrouver à son sommet. La suite elle-même est un clin d'œil appuyé au premier jeu, mais là où l'on s'enfonçait dans les profondeurs abyssales et vers la cité de Rapture, vous êtes ici catapulté dans les cieux à bord d'une mini-fusée que n'aurait pas reniée Jules Verne. C'est donc depuis votre hublot que vous assistez à l'ascension. Alors que les premières minutes étaient noyées par des pluies diluviennes, vous percez enfin les nuages et la cité volante de Columbia apparaît dans toute sa beauté, auréolée du plus beau soleil de fin de journée. On est loin de Rapture, la ville cimetière enfouies par 20 000 lieues sous les mers et peuplée de créatures dégénérées.

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Une superbe carte postale que vous n'aurez que brièvement le temps de contempler puisque votre atterrissage pour le moins brutal vous plonge à nouveau dans le brouillard et l'inconscience. Notre héros, Booker Dewitt, s'éveille péniblement tandis que des chants religieux s'élèvent aux alentours. Les pieds dans l'eau vous progressez rapidement de salle en salle parmi des centaines de cierges flottants et quelques pèlerins visiblement trop absorbés pour vous remarquer ou vous adresser la parole. Vous arrivez alors jusqu'à un groupe plus important de fervents adeptes du blanc qui fait face à un prêcheur prêt à baptiser tous ceux qui veulent pénétrer dans Columbia. L'omniprésence de l'eau et le caractère extrêmement religieux de la scène évoquent tout à la fois le premier Bioshock et une Amérique du début du siècle très pratiquante. Après avoir reçu le baptême et presque subi une noyade, Booker perd à nouveau connaissance et s'éveille encore, mais cette fois-ci au grand jour dans les rues de Columbia. Trois statues massives des pères fondateurs vous surplombent à votre réveil, et cet accouchement symbolique et douloureux ne vous détourne pas de votre objectif : trouver la jeune fille et la faire redescendre sur terre. Un nouveau départ qui tranche cependant avec les débuts troubles de Bioshock puisque Booker n'est pas amnésique (c'est toujours une tarte à la crème du jeu vidéo que Bioshock Infinite évite). De manière régulière, lors de ses pertes de connaissance, on découvre par bribes le passé du héros, l'occasion d'assister à des séquences monochromes assez énigmatiques, qui nous ramènent toutes dans ce qui semble être son bureau de détective privé. Ambiance.

It's a Small World After all

Alors que la scène précédente impressionnait par son atmosphère embrumée, les premiers pas dans les rues de Columbia nous font l'effet d'une illumination. Des îles recouvertes de bâtiments flottent entre les nuages et une douce lumière de fin d'été baigne les rues propres et accueillantes. Les passants ne semblent pas vous remarquer et, de votre côté, aucun habitant de ce village dans les nuages ne vous évoque l'un des faciès torturés de Rapture. Tout ici se pose à l'inverse de la cité sous-marine, et vous avancez donc en pleine confiance dans un paysage qui évoque presque celui d'un parc d'attractions enchanteur. Quelques pubs rétro vous distraient sur votre route et vous plongez bientôt dans une fête foraine animée. Booker et le joueur ne savent plus trop où donner de la tête et où porter le regard avec tous ces stands de jeux à essayer et ces détails qui explosent à l'écran. Columbia nous entraîne dans un tableau coloré, vivant et idyllique. Votre chemin est ensuite barré par une porte dont un automate vous refuse l'accès. Un automate qui évoque d'ailleurs le croisement réussi entre le Turc Mécanique de von Kempelen et les distributeurs bruyants du premier Bioshock. Vous faites alors l'acquisition de votre premier Vigor, une boisson aux pouvoirs étonnants, l'équivalent des plasmides pour ce Bioshock Infinite. Un premier pouvoir qui vous permet de prendre possession des différents robots (et par la suite des humains) et dans le cas présent d'ouvrir la porte. La suite de cette promenade très linéaire, vous entraîne alors vers une place très peuplée où un public s'amasse pour participer à une loterie.

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L'ambiance est champêtre, les rires fusent et la femme qui distribue les boules de la loterie vous fait même un peu de gringue en toute discrétion. Le présentateur s'avance alors sur l'estrade et présente le lot pour le gagnant, le droit de lancer le premier sa balle de base-ball numérotée sur un couple composé par un homme roux et une femme afro-américaine. Stupeur. Les deux sont ligotés dans une mise en scène grotesque et obscène qui rappelle les revues de music-hall de l'époque, des petits singes se balançant même sur le décor d'arrière-plan. Le sentiment de gêne est visqueux, l'arrivée de ce triste spectacle est aussi brutale qu'inattendue et la douce musique qui résonnait depuis votre arrivée dérape aussi sûrement que le diamant quitte le sillon d'un vieux vinyle nostalgique. Le hasard vous a fait le gagnant de ce concours sordide et le présentateur vous invite à lancer votre balle… Apparaît alors un choix à faire en temps limité : la lancer sur le couple ou bien l'envoyer à la face de ce monsieur loyal qui amuse le public réjoui de la fête. Quel que soit votre choix, la police surgit alors et vous saisit sans ménagement. Les hommes ont reconnu sur votre main deux lettres A et D. Deux lettres déjà vues auparavant sur l'une des nombreuses affiches de la ville et qui prévenait de la venue d'un faux prophète. Oui, on ne vous en a pas parlé avant, mais le jeu fourmille tellement de détails qu'un compte rendu exhaustif est tout simplement impensable !

Un ver dans la pomme du jardin d'Eden

Après ces longues minutes sans arme à la main ni danger apparent, le joueur est donc violemment ramené à la réalité de sa mission. Un sauvetage en territoire désormais hostile. Alors que les deux agents tentent de vous maîtriser, vous saisissez la tête de l'un pour la précipiter contre l'étrange crochet de l'autre. Une scène d'une violence crue qui tranche avec l'ambiance familiale des minutes précédentes. Le jeu dérape alors complètement (et volontairement) avec votre premier combat contre les forces de l'ordre qui débarquent à toute vitesse. Booker récupère très vite un pistolet et se débarrasse sans trop de problème des casquettes imprudentes. Très rapidement les combats gagnent en intensité et vous devez alterner entre les armes récupérées et votre Vigor qui permet de prendre possession des tourelles automatiques ou bien de retourner un garde contre ses collègues. Une course-poursuite s'engage et vous prenez la fuite pour finalement faire face à un ennemi plus retors, équipé d'un curieux scaphandre et surtout capable de vous balancer des boules de feu. Un combat épique qui vous permet d'acquérir votre deuxième Vigor, et la capacité de lancer les mêmes boules de feu ou encore de poser des pièges au sol. On notera d'ailleurs que si les combats sont beaucoup plus dynamiques que ceux du premier opus, il est très rare de mourir. Si par malheur la chose advient, vous êtes alors ramené dans la bataille depuis une pièce sombre qui évoque fortement le bureau des flash-backs et de vos pertes de connaissance. Un principe similaire à celui des Chambres Vita mais autrement plus énigmatique. Une énigme parmi d'autres puisque Bioshock Infinite regorge de détails mais aussi de personnages volontairement étranges qui laissent planer un délicieux parfum de mystère sur ce FPS, celui-ci n'oubliant pas pour autant de réciter ses classiques de l'action efficace.

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Même si l'on peut tenter de sortir d'un chemin assez dirigiste, les combats s'enchaînent sans temps mort mais avec force cadavres et Booker court toujours plus vite dans une ville qui sombre progressivement dans le chaos. Il est loin le temps des cerises et des premières minutes féériques. Vous avez apporté les germes du changement dans cette ville et aux habitants de cette utopie ouvertement racistes qui croient dans une science toute puissante et une religion qui l'est tout autant. Votre course effrénée vous emmène sur les hauteurs de la ville et le spectacle des bâtiments qui flottent dans le ciel est tout simplement enchanteur malgré la violence des affrontements. Des bateaux volants vous mitraillent, des hommes vous poursuivent et vous utilisez votre crochet récupéré sur les gardes pour vous agripper aux skylines, ces fameuses lignes métalliques qui permettent de naviguer d'une île à l'autre. L'action prend parfois des airs de Dishonored avec un héros qui peut utiliser différents passages pour atteindre son but, sauter de skyline en skyline et même tomber par surprise sur les gardes depuis les hauteurs où il se suspend. Oubliez la méthode douce cependant, Bioshock Infinite ne fait pas dans la tendresse et l'ajout d'un bouclier qui se régénère progressivement permet des affrontements plus dynamiques que ceux des épisodes précédents. Un dynamisme nouveau qui s'appuie cependant sur la recette bien connue de la série avec une utilisation en alternance des pouvoirs des Vigor et de vos armes.

La belle et la bête?

Après de nombreux combats, notre héros parvient finalement à échapper quelques instants à l'alarme générale et débarque sur une nouvelle île. La progression de ces premières heures nous a semblé beaucoup plus linéaire que par le passé, ce qui n'est pas une critique, bien au contraire, puisque de nombreux chemins alternatifs sont possibles. On peut ainsi tracer son chemin en ligne droite grâce à l'aide à la navigation mais le joueur curieux prendra le temps de fouiner dans les bâtiments et les couloirs parallèles. L'occasion de glaner quelques bonus comme ces objets dont le héros peut désormais s'équiper pour bénéficier de bonus cumulatifs jusqu'à quatre. Cette progression linéaire en apparence s'interdit surtout des aller-retour fastidieux entre des portes fermées et des clés à trouver. En revanche, l'action bénéficie d'une variété impressionnante de décors. Malgré un lieu unique, Columbia, les îles regorgent de détails, les habitants continuent de vivre leur vie à moins que vous ne les attaquiez et les ambiances varient avec brio. La direction artistique de Bioshock Infinite fait mouche et sert une technique qu'on jugera correcte sans être révolutionnaire. L'ambiance globale du jeu, la fluidité de l'animation, la cohérence de l'ensemble balaient sans ciller les quelques regrets que des textures un peu floues pourraient toutefois provoquer.

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Presque deux heures après votre arrivée sur Columbia vous parvenez enfin à atteindre la cage dorée d'Elizabeth, la jeune fille que vous devez libérer. Une jeune fille pas si frêle et sans défense que son physique fragile et sa bouille angélique pourraient laisser penser puisque la demoiselle possède de nombreux pouvoirs assez spectaculaires. Vos débuts seront toutefois houleux puisqu'elle refusera de vous suivre devant la violence de vos méthodes. Il faut dire qu'une fois de plus on incarne un sauveur qui tue et massacre des dizaines de personnes pour atteindre son but. Mais le scénario de Bioshock Infinite s'annonce déjà d'une subtilité rare et si nous n'aborderons pas plus de détails ici c'est avant tout pour vous laisser le plaisir de découvrir cette narration qui joue à fond la carte du mystère et des interrogations grâce à quelques séquences de flash-back mais aussi d'innombrables éléments à observer pendant le jeu. Il faut voir ce musée local et sa vision de l'histoire des Etats-Unis tout comme il faut "apprécier" ce portrait de John Wilkes Booth auréolé comme un saint tandis qu'Abraham Lincoln, sa victime, est affublée de cornes démoniaques. Une fois à vos côtés, Elizabeth pourra vous fournir des munitions ou encore des fioles pour remplir votre jauge d'utilisation des Vigor. Plus tard, de nouveaux pouvoirs seront dévoilés comme cette possibilité de faire apparaître des objets à certains endroits qui débloqueront des chemins (points d'accroche pour votre crochet-grappin) ou vous apporteront un soutien bienvenu (caisse de munitions, fioles de santé ou même tourelle automatique). Votre mission de sauvetage prend alors des allures d'escorte sans que l'on sache qui est le plus fragile des deux. Cette première partie s'achevait, trop vite, avec l'arrivée d'un boss complètement surréaliste, non sans avoir auparavant chuté sur une plage artificielle et traversé quelques bâtiments. Autant d'occasions de profiter de l'ambiance unique de Columbia à défaut de son hospitalité.

Nos impressions

Si les premières images et les différentes informations que nous avions pu recueillir sur Bioshock Infinite nous avaient déjà rassurés sur les ambitions graphiques du jeu, rien ne laissait présager avant de mettre la main sur la manette à quel point ce nouvel épisode est une suite spirituelle de Bioshock. On ne parlera pas que du scénario inédit mais dans un premier temps des innombrables clins d'œil et de cette façon si singulière de raconter une histoire nimbée des brumes du mystère et de révélations qui restent suspendues dans l'air. Le cimetière enfoui de Rapture laisse la place à une utopie de Columbia aux atours plus clinquants, et vous incarnez à nouveau celui par qui le chaos va tout emporter.

Mais la comparaison ne s'arrête pas là puisque le gameplay lui-même ne fait qu'améliorer une formule déjà rodée. Les combats se succèdent avec cependant beaucoup plus d'intensité et l'ajout d'un bouclier qui se régénère permet des affrontements beaucoup plus dynamiques où la perte de santé est moins pénalisante que par le passé. On retrouve même cette manie du héros de fouiller dans les poubelles pour faire le plein de munitions et de petits en-cas pour se requinquer. Une vilaine habitude qui casse un peu le rythme de la progression et le plaisir de l'immersion en rappelant que certains éléments sont un peu datés. Malgré ce léger regret et cette impression de mise à jour efficace des mécaniques du premier Bioshock, l'essentiel est ailleurs et l'on constate que Bioshock Infinite marque avant tout les esprits par son scénario solide et son ambiance tout simplement extraordinaire.

Le rythme de la progression, la galerie de personnages croisés, les décors soignés, tout fonctionne de concert pour immerger le joueur dans une aventure qu'on pressent déjà mémorable. Certes, ces trois premières heures nous ont paru plus linéaires que ce à quoi nous nous attendions mais au final ce sentiment est aussi le résultat du dynamisme de l'ensemble et de la variété tant des situations de jeu que des lieux traversés. Le joueur n'a jamais l'impression de faire deux fois la même chose ou de parcourir deux fois le même bâtiment. Et puis, comment passer sous silence la relation entre le héros et Elizabeth ? Un procédé aussi simple qu'efficace qui sert aussi bien la narration que le gameplay. Un couple fragile en milieu hostile qui va devoir combattre les forces d'un prophète tout puissant pour quitter cette cité faussement paradisiaque. Un premier aperçu qui nous laisse entre deux mondes avec la peur de retomber trop vite sur terre vers le plancher des vaches mais qui pour l'instant nous a emmené vers des sommets grisants. Sans doute l'euphorie des hauts sommets.

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